« L‘État ôte aux régions leur compétence sur l’apprentissage : il a tort ! »

« L‘État ôte aux régions leur compétence sur l’apprentissage : il a tort ! »

Retrouvez la tribune de douze Présidents de Région qui déplorent la décision de l’État d’assumer désormais lui-même la politique d’apprentissage, politique auparavant confiée aux Régions. "L’apprentissage doit être conduit au plus près du terrain", argumentent les signataires.

 

Depuis le 1er janvier 2020, l’État a repris aux régions la responsabilité de la politique de l’apprentissage.

En 2015, année de la dernière réforme, c’est l’échelon régional qui a été confirmé comme le plus pertinent. Les moyens des régions ont donc été renforcés. Des résultats très concrets ont immédiatement été observés avec, en à peine quatre ans, une augmentation des effectifs d’apprentis de plus de 13 %, et ceci pour tous les niveaux de qualification, y compris les niveaux inférieurs au bac.

 

La réforme de 2015 n’ayant cependant pas réglé toutes les difficultés, il était nécessaire de chercher des améliorations dans le cadre de la grande réforme de la formation professionnelle voulue par le gouvernement. Les régions étaient prêtes à co-construire cette nouvelle étape, pour rendre la politique de l’apprentissage plus agile, et mieux articulée avec les besoins des branches professionnelles. Elles souhaitaient renforcer, dans ce cadre, la dimension territoriale de cette politique ; car l’apprentissage concerne aussi le boulanger, le charpentier, le maçon, le coiffeur, et tant d’autres métiers essentiels à la vitalité de nos territoires.

Pourtant, le gouvernement a refusé cette co-construction. Il a conduit de façon unilatérale une réforme marquée par la centralité, dans laquelle le pilotage se fait depuis Paris, et qui ignore les besoins des territoires au profit des intérêts des branches professionnelles les plus puissantes. Avec la rémunération des Centres de Formation d’Apprentis (CFA) au contrat, les moyens de financement, issus des cotisations des entreprises, sont répartis à présent uniquement en fonction de logiques quantitatives. Les formations post-bac plus rémunératrices seront favorisées au détriment des CAP, alors même que l’enjeu porte en priorité sur les premiers niveaux de qualification.

 

La recentralisation de cette politique place les formations aux métiers rares et à faibles effectifs en grave danger financier, et menace le maintien en zones rurales ou dans les quartiers populaires des formations indispensables à l’équilibre de ces territoires.

 

Le gouvernement n’a pas donné aux régions les moyens de corriger ces effets pervers. Le fonds de soutien promis par le Premier ministre au lancement de la réforme a été réduit de 250 à 138 millions d’euros pour l’ensemble de nos régions. Cette réforme se met en place en l’absence de dialogue avec le ministère du Travail, qui se contente de s’approprier les bons chiffres de l’apprentissage qui ne sont pas les siens, et accuse les régions de ne pas jouer le jeu d’une transition qui leur a pourtant été imposée. Enfin, les modalités de prise en charge de l’ensemble des dispositifs que les régions avaient déployés pour accompagner les apprentis (aides à la restauration, à l’hébergement, à l’équipement ou au transport) ne sont absolument pas définies.

 

Depuis le 1er janvier, l’État est seul responsable de la politique de l’apprentissage et les régions n’entendent nullement se voir imputer les difficultés inhérentes à une réforme mal préparée et surtout inachevée. Bien entendu, elles restent engagées pour le développement de l’apprentissage. Nous demeurons convaincus qu’il s’agit d’une voie d’excellence pour mener les jeunes vers l’emploi et pour répondre aux besoins des entreprises. Nous interviendrons désormais en amont, en agissant sur l’information sur les métiers et les formations dans le cadre de notre nouvelle compétence orientation.

 

Nous continuerons à nous mobiliser pour mettre en place une action contractualisée entre tous les acteurs au niveau régional (organisations patronales et syndicales, branches professionnelles, Opérateurs de compétences, Rectorat, universités), car c’est, selon nous, la meilleure manière d’organiser une offre de formation répondant aux besoins des entreprises et des jeunes dans nos territoires. Ce qui est en jeu, c’est le rapprochement du monde académique de celui des entreprises, et c’est la multiplication des passerelles entre les lycées professionnels et les CFA (notamment l’accès aux plateaux techniques financés par les régions).

 

Plus que jamais, notre système de formation a besoin d’être décloisonné et piloté à l’échelle régionale pour mieux répondre aux besoins en compétences des entreprises et offrir à nos jeunes des perspectives d’emploi attractives.

 

Signataires : Renaud Muselier, Président de Régions de France et Président de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur ; Hervé Morin, Président de la région Normandie ; Laurent Wauquiez, Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes ; Marie-Guite Dufay, Présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté ; François Bonneau, Président de la région Centre Val-de-Loire ; Gilles Simeoni, Président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Corse ; Jean Rottner, Président de la région Grand Est ; Valérie Pécresse, Présidente de la région Île de-France ; Alain Rousset, Président de la région Nouvelle-Aquitaine ; Carole Delga, Présidente de la région Occitanie ; Christelle Morançais, Présidente de la région Pays de la Loire ; Didier Robert, Président du conseil régional de la Réunion.

 

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  • Territoires 2
    a publié cette page dans Actualités 2020-02-08 22:12:35 +0100