Bertrand Pancher : "Le gouvernement doit s’engager à tenir compte des résultats du grand débat national"

Bertrand Pancher : "Le gouvernement doit s’engager à tenir compte des résultats du grand débat national"

[TRIBUNE] Le député de la Meuse Bertrand Pancher, membre du groupe Libertés et territoires à l’Assemblée nationale et trois autres parlementaires du même groupe demandent au gouvernement de « structurer au plus vite le grand débat pour dépasser la crise » des gilets jaunes.

 

Le mouvement des Gilets Jaunes qui ébranle notre pays est aussi bien le fruit d’injustices sociales et territoriales criantes que la traduction d’un déficit démocratique qui ne cesse de s’aggraver. L’élévation du niveau de formation et d’information de nos concitoyens et la méfiance de ces derniers à la suite de scandales politiques, sanitaires, environnementaux, n‘ont cessé de troubler l’opinion publique ces trente dernières années. L’instantanéité des réseaux sociaux et le mirage de la croyance que tout peut se régler « en un clic » ont fait le reste.

 

Qu’on le veuille ou non, nos concitoyens ne veulent plus être influencés comme avant et auront vocation à être associés en permanence aux décisions qui sont prises. Aujourd’hui, les manifestants des Gilets jaunes souhaitent être entendus, quitte à bousculer certains cadres institutionnels. Le blocage de notre pays ces trois dernières semaines et le soutien populaire dont il fait l’objet ne pourra s’apaiser sans une vaste consultation de l’ensemble des citoyens. L’objectif vise à prendre concrètement en compte leurs aspirations. L’engagement du président de la République et du Premier ministre démontre que le gouvernement a pris la mesure de ces enjeux.

 

A la suite de riches échanges avec les représentants des dirigeants des fédérations d’élus locaux et avec le président du Conseil économique, social et environnemental (Cese), nous avons proposé de territorialiser ces débats en donnant aux maires et aux présidents de régions une place de garants du processus et d’en confier l’organisation à la Commission nationale du débat public (CNDP). Cette proposition fait l’objet d’un arbitrage favorable de la part du gouvernement et un « grand débat » local de trois mois sera organisé dès le début d’année 2019 pour traiter cinq grands thèmes.

 

Alors que les indignations des Gilets jaunes, ces dernières semaines, portaient essentiellement sur leur pouvoir d’achat, l’Élysée a proposé dans un premier temps d’interroger les Français sur l’immigration «  Quelles sont les attentes et les inquiétudes des Français relatives à l’immigration, dans un contexte de mondialisation et de laïcité parfois bousculée ?  ». Ce thème inopiné ne reflétait pourtant pas les préoccupations des Gilets jaunes et n’aboutirait pas à une amélioration de leur train de vie. Nous sommes satisfaits de sa suppression. Ce grand débat local a d’abord pour vocation de comprendre les revendications des Français avant de servir de fourre-tout pour le gouvernement.

 

Par ailleurs, les questions formulées doivent mettre davantage en lumière les grands thèmes qu’il est primordial d’aborder tels que la justice sociale, la démocratie, la citoyenneté et la transition écologique. Il faut définir de façon très précise les sujets à débattre pour pouvoir les accompagner de propositions claires. Il convient de s’engager à tenir compte des résultats de la consultation en détaillant la façon dont les décisions seront prises à travers un calendrier et des méthodes précises.

 

Parallèlement au grand débat, la demande formulée par les citoyens d’une plus grande interaction entre eux et les institutions doit être entendue. Elle passe à la fois par des initiatives telles que le référendum d’initiative populaire ou la mise en place d’une assemblée citoyenne composée de 577 citoyens tirés au sort doit se concrétiser.

 

Cet exercice de concertation, s’il est réussi, peut devenir une chance de retisser les liens de plus en plus distendus entre nos concitoyens et nos élus nationaux et contribuera ainsi à prendre des décisions comprises et admises par toutes et tous. Il peut également mettre en lumière la nécessité de poursuivre dans le temps la mise en place de nouvelles méthodes de dialogue et ainsi conduire à un nouveau mouvement indispensable à la décentralisation. Dès lors, il se pourrait que la grave crise que nous connaissons actuellement transforme la menace d’une implosion en réelle opportunité d’un développement nouveau et enfin humain.

 

Bertrand Pancher, M’jid El Guerrab, Yannick Favennec Becot et François-Michel Lambert, députés du groupe Libertés et Territoires.

 

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  • Territoires 2
    a publié cette page dans Actualités 2018-12-27 19:43:29 +0100