Classes scolaires flexibles : un enjeu pédagogique et d’aménagement.

Classes scolaires flexibles : un enjeu pédagogique et d’aménagement.

Les aménagements flexibles des espaces éducatifs contribueraient à l’amélioration des performances scolaires des élèves. Publiée en 2015, l’étude anglaise de l’université de Salford a le mérite de mettre en exergue un aspect peu étudié.

Si plusieurs recherches ont déjà démontré l’effet de la lumière, de la température, de l’acoustique ou de la qualité de l’air sur les apprentissages, c’est la première fois que l’impact d’un aménagement flexible est mis en avant. De quoi alimenter la réflexion des professionnels de l’éducation et encourager certains enseignants à repousser les limites de leur imagination pour réinventer un métier qu’ils chérissent.

Pour aboutir dans leurs conclusions, les chercheurs ont visité 153 classes de 27 établissements scolaires du pays et analysé les résultats de 3766 élèves de 5 à 11 ans. 7 facteurs ont été étudiés, comme vous pouvez le voir sur le schéma : la complexité visuelle (ambiance, lisibilité), les couleurs, la lumière, la température, la qualité de l’air, la flexibilité, et la responsabilisation. Premier enseignement : agir sur l’ensemble de ces facteurs permettrait d’améliorer les performances scolaires de 16% en lecture, écriture et mathématiques.

En lisant l’étude, on découvre par ailleurs que la flexibilité de l’espace a un impact aussi important que la lumière, la qualité de l’air ou la température. Accordé au développement du sens des responsabilités chez les élèves, ce facteur contribuerait même à 28% des progrès observés.

Plus étonnant encore, les chercheurs ont relevé que l’aménagement de la classe influait considérablement sur les performances des élèves en mathématiques. 73% des progrès sont ainsi imputés au design des classes et au degré de responsabilisation des élèves. Les chercheurs n’évoquent pas de raisons définitives pour expliquer ce résultat. Ils émettent néanmoins une hypothèse. Souvent taxées de matière difficile et anxiogène, les mathématiques seraient mieux perçues dans le cadre d’une classe dans laquelle les élèves se sentent à l’aise.

L’aménagement d’un espace éducatif n’a de sens que lorsqu’il interroge la manière d’enseigner, et inversement. Le témoignage de Marina, enseignante en cycle 2 (du CP au CE2), est à ce titre évocateur. C’est en travaillant avec des élèves en situation de handicap qu’elle découvre l’individualisation. Aujourd’hui très attachée à une pédagogie de différenciation, elle favorise le travail en petit groupe.

De l’enseignement frontal, elle est peu à peu passée à l’enseignement en demi-classe pour se tourner vers l’enseignement en ateliers. Sa classe rassemble différents espaces, pour répondre à différents besoins pédagogiques : l’espace d’enseignement guidé, la table hexagonale pour les travaux de recherches, le coin bibliothèque… Plus surprenant, elle a installé 6 bureaux dans le couloir séparant sa classe de celle de sa collègue pour construire un espace partagé de travaux en groupe.

Professeur des écoles, pleinement en phase avec la pédagogie Freinet qu’il applique dans sa classe de 25 élèves de 6 à 9 ans, Hervé s’est, lui, interrogé sur un enjeu fondamental de la méthode : l’autonomie. Chaque élève doit pouvoir circuler librement dans sa classe pour prendre le matériel dont il a besoin et le ranger ensuite. Il étudie alors le cheminement des élèves, envisage des espaces de rangement en conséquence pour préserver fluidité et sérénité, et finit par aboutir à la création de coins identifiés - l’espace des grandeurs et mesures et le cabinet de curiosités – ponctués de casiers de rangement accessibles aux plus petits. Il utilise aussi du mobilier mobile pour créer des ilots, en fonction des scénarii pédagogiques.

Aussi différentes soient-elles, les expériences de ces deux enseignants sont fondées sur la même énergie : celle de l’expérimentation, de l’empirisme. Marina le dit très bien : "Plusieurs essais ont été nécessaires avant de parvenir à situer correctement chaque espace dans la classe. L'enseignement qu'il faut en retirer est qu'un aménagement peut sembler très bien fonctionner sur le papier, et pas du tout à l'usage !"

Si les classes flexibles ont du succès, c’est parce qu’elles vont de pair avec une évolution des enjeux pédagogiques en répondant aux nouvelles problématiques rencontrées par les enseignants et en ouvrant le champ des possibles en matière d’enseignement. Mais elles peuvent aussi concourir au bien-être des élèves. 73,3% des élèves aimeraient un peu, voire pas trop ou pas du tout aller à l’école ou au collège. Et 29% se disent tendus en cours.

Le réaménagement des espaces scolaires apparaît clairement comme une réponse au déficit de l’attention qui découle souvent de cette situation. En repensant la salle de classe, en installant des zones délimitées pour répondre aux différents scénarii, en interrogeant les contraintes de l’environnement (lumière, bruit…) ou en aménageant les espaces de vie.

Philippe Mallard,
Directeur Général.

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