Gouverner, c'est prévoir.

Gouverner, c'est prévoir.

Si nous devons tous être mobilisés et solidaires face à la terrible crise du COVID-19 que nous traversons, il faudra un jour faire le bilan de la gestion de cette crise. Et à mon sens, que ce soit pour ce sujet ou pour d'autres, l'un des gros écueils du personnel politique actuel et ancien est cette incapacité à se préparer au pire.

 

"Gouverner, c'est prévoir. Ne rien prévoir, ce n'est pas gouverner, c'est courir à sa perte." Cette phrase très connue d'Émile de Girardin, fondateur du quotidien La Presse, est hélas pleine de sens dans les circonstances actuelles. Notre pays fait face à un manque de moyens matériels, humains et financiers pour faire face à la crise du COVID-19 que nous subissons. Tout porte à croire qu'une telle éventualité n'avait pas été envisagée en amont. Pire, avant que cette crise ne nous tombe dessus, rien de significatif n'était prévu pour aider les hôpitaux. Il a fallu attendre qu'ils soient engorgés pour que le Président de la République annonce un plan massif d'investissements et de revalorisation des carrières.

 

Je ne jette pas la pierre spécifiquement à nos dirigeants actuels. Dans d'autres pays européens, le constat est le même et, hélas, les conséquences sont également douloureuses, que ce soit en Espagne, en Italie ou encore en Grande-Bretagne. Et dans le passé, d'autres exemples, pas seulement sur le sujet des épidémies, montrent que nous sommes beaucoup plus en réaction qu'en anticipation.

 

Comment se fait-il que l'être humain soit aussi incapable de prévoir très en amont ? Je généralise à l'être humain, et hélas à raison, car même les scientifiques de notre pays, il y a encore moins d'un mois, considéraient qu'il n'y avait rien de dramatique à ce que le COVID-19 arrive en France... Alors que nous avions des exemples très concrets, en Chine, en Corée du Sud et chez nos voisins italiens, de ce qui était en train de se passer !

 

Si on ne peut pas en vouloir à la Terre entière de ne pas savoir se préparer au pire, c'est hélas une toute autre paire de manches pour les politiques. Lorsque vous exercez un mandat, soit que vous ayez été nommé, soit que vous ayez été élu, vous avez de lourdes responsabilités qui pèsent sur vos épaules. Surtout si les thématiques que vous devez traiter sont vitales, comme la santé, la sécurité, les finances, l'emploi ou encore l'écologie.

 

Il y a donc tout à revoir sur le fait de bien gouverner. Prisonniers de l'actualité instantanée, surtout avec le système médiatique actuel ; prisonniers des revendications quotidiennes des corps intermédiaires et des citoyens, surtout en cette époque où les réseaux sociaux sont rois, les politiques doivent faire cet exercice difficile de gouverner à la fois dans l'instant, mais aussi en prévision des années à venir, quitte à ce que ça puisse servir quand ils ne seront plus là, quitte à ce que ce ne soit pas compris par la population au moment où c'est décidé.

 

L'exemple qui revient le plus en cette période de crise est celui de Roselyne Bachelot qui a eu l'intelligence de prévoir des stocks de vaccins et de masques au cas où une épidémie de grippe H1N1 frapperait notre pays. À l'instant où ça a été décidé, elle est passés pour une hurluberlue. On voit même Élise Lucet, dans une interview, lui demander pourquoi avoir dépensé plus d'1 milliard d'euros pour cela, si l'État n'avait pas gaspillé cet argent. Vu les coûts qui sont engendrés aujourd'hui par la crise du COVID-19, on se serait bien contenté de ce milliard !

 

Il y a également l'Allemagne à citer en exemple. À l'heure où j'écris, le taux de mortalité dû au Coronavirus dans ce pays est de 0,7% contre 7,5% dans notre pays. Si l'une des explications tient au fait que leur stratégie est différente de la nôtre, notamment avec une politique de dépistages massifs, ça tient aussi à autre chose de significatif : l'Allemagne s'était préparé à une telle éventualité ! Comment ? En ayant 25 000 lits de réanimation, contre 7000 en France ! Les hôpitaux allemands ne sont donc pas, pour l'instant en tout cas, débordés.

 

Se projeter dans le futur, engager des dépenses qui serviront des années, voire des décennies après, voilà qui redorerait le blason de l'engagement politique. La politique au sens noble serait retrouvée. Les dirigeants seraient beaucoup plus respectés. Certes, sans doute a posteriori car ces dépenses ne seraient pas forcément adoubées par la population à l'instant T. Mais elle rendra à celui qui a décidé cela son honneur au centuple quand sa prédiction se vérifiera. Contrairement à ce qu'a dit la géniale Marguerite Yourcenar, en politique, il ne faut pas soutenir qu'on a toujours tort d'avoir raison trop tôt.

 

Pierre Poulain.

 

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