Hervé Morin : "La réussite du pays passera par les territoires."

Hervé Morin : "La réussite du pays passera par les territoires."

Hervé Morin, Président de Territoires!, de la Région Normandie et de Régions de France, a accordé un entretien à La Tribune sur la situation du pays. Il distingue trois sujets prioritaires à traiter : la lutte contre le réchauffement climatique, les questions de société et la mise en place d'un véritable nouvel acte de la décentralisation. Il regrette que l'État ignore les demandes pourtant insistantes de l'AMF, de l'ADF et de Régions de France sur ce sujet.

 

LA TRIBUNE - Valérie Pécresse à Brives, Christian Estrosi à Nice, Xavier Bertrand au Touquet... Vous dans l'Eure. La droite effectue sa rentrée en rang dispersé. Votre famille politique ne sait-elle plus à quel saint se vouer ?

 

HERVÉ MORIN - Ceux qui stigmatisent nos prétendues divisions oublient qu'il n'existe aucun parti où tout le monde soit sur la même ligne, à commencer par En Marche. Mon ancien mentor, François Bayrou, avait coutume de dire que si nous pensions tous la même chose, nous ne penserions plus rien. Il avait raison. En vint-cinq ans, j'ai entendu beaucoup d'expressions différentes au sein de ma famille politique, ce qui ne nous a jamais empêchés de bâtir des majorités de gouvernement.

 

Je ne vois rien de scandaleux dans le fait qu'il existe un débat d'idées entre Valérie Pécresse, François Baroin et Xavier Bertrand par exemple. L'important est que le moment venu, nous nous donnions les moyens de la sélection. C'est pourquoi je suis favorable à des primaires pour la présidentielle.

 

D'ici là, la droite devra avoir trouvé la boussole qu'elle semble chercher depuis l'élection d'Emmanuel Macron. Quelle direction pourrait-elle prendre ?

 

La reconstruction, à laquelle travaille Gérard Larcher avec une énergie remarquable, ne sera possible que si nous nous inscrivons dans la modernité, que si nous arrêtons de recycler ad vitam les sujets de l'immigration ou de l'identité nationale. Je vois trois thèmes qui pourraient incarner cette nouvelle ligne. Le premier, c'est la décentralisation. Nous sommes les seuls à défendre l'idée que la transformation du pays passera par les territoires. On ne peut pas continuer à être le seul pays d'Europe à croire que le quotidien des habitants se règle depuis les ministères.

 

Notre candidat à l'élection présidentielle devra avoir sinon la modestie au moins la lucidité de dire qu'une partie de la réussite du pays reposera non pas sur le pouvoir central mais sur le pouvoir local. Il en va de même sur le réchauffement climatique. Notre discours ne peut pas se limiter à railler Greta Thunberg. Nous devons nous rappeler que le Grenelle de l'environnement a été porté par Jean-Louis Borloo. Par nous ! Là encore, une partie des problèmes devraient être traités au niveau local et régional. Quand j'entends un ministre affirmer qu'il veut lutter contre le gâchis alimentaire dans les cantines, j'ai envie de lui rappeler que les collectivités ne l'ont pas attendu.

 

Enfin sur les grands sujets de société, il faut que la famille de Simone Veil cesse d'avoir un train de retard. Sur la procréation médicale assistée par exemple, je ne serais pas le porte-parole d'une famille qui oublie que la société a évolué. C'est en nageant contre ces courants que nous nous coupons de la France des métropoles.

 

Mais sur ces sujets, la majorité présidentielle ne vous court-circuite-t-elle pas ?

 

C'est en partie vrai. C'est pourquoi je plaide aussi pour un changement de posture. On ne regagnera la confiance des électeurs qu'en admettant que ce gouvernement a réalisé des avancées que nous-même aurions pu porter en étant au pouvoir. Je suis heureux de constater qu'Emmanuel Macron a évolué sur le Mercosur, de même sur la réforme du droit du travail, qui est saluée par les entrepreneurs que je croise en Normandie. Comme dans nos collectivités, on doit être capable aussi à l'échelle nationale d'avoir une expression de rassemblement quand des sujets le méritent... tout en continuant d'exercer un oeil critique sur la dérive budgétaire par exemple.

 

Pourriez-vous avoir des convergences sur la décentralisation ? Après tout, le gouvernement n'a t-il pas répondu à vos doléances en promettant un Acte III ?

 

Ce que je constate surtout dans ce domaine, c'est que rien n'avance, ni sur la politique de l'emploi, qui devrait être confiée aux Régions, ni sur le renoncement à la recentralisation du second pilier de la PAC [politique agricole commune, ndlr], qui est une demande majeure de Régions de France, ni sur l'environnement pour lequel nous faisons des propositions précises. Tout cela nous donne le sentiment que les collectivités doivent être de simples opérateurs de l'État. On a l'impression d'un pouvoir qui se referme sur lui-même. On nous promet une nouvelle concertation avant le vote de la loi mais à quoi bon ? Tous les ministres sont aux abonnés absents, à l'exception de Bruno Le Maire qui est décidé à apporter de la clarification dans les compétences économiques, mais qui doit se battre contre son administration.

 

Néanmoins, êtes-vous prêt à vous asseoir à la table des négociations ?

 

Bien entendu, mais le gouvernement doit savoir qu'il aura face à lui le pack soudé que nous formons au sein de Territoires unis. François Baroin pour l'Association des maires de France (AMF), Dominique Bussereau pour l'Association des départements de France (ADF) et moi-même avons fait le serment d'être solidaires. Même si les points de crispations concernent surtout les communes et les Départements, Régions de France quittera la table si Édouard Philippe ne donne pas de garantie sur la progressivité de la part de TVA qui doit être transférée aux Départements en remplacement de la taxe sur le foncier bâti. Le premier ministre ne nous divisera pas.

 

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  • Territoires 2
    a publié cette page dans Actualités 2019-09-14 21:19:31 +0200