L'éducation populaire au service des territoires : un nouveau paradigme ?

L'éducation populaire au service des territoires : un nouveau paradigme ?

Au sortir de la Guerre, L’Etat en appui sur le programme du Conseil National de la Résistance faisait la part belle aux Mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, confortant ceux engagés dans la Résistance et favorisant l’émergence de nouveaux, comme les Francs et Franches Camarades, les foyers ruraux ou bien encore les MJC…

 

Aux côtés des pouvoirs Publics, ces mouvements devaient mobiliser les citoyens et notamment les plus jeunes au service de la reconstruction du pays, ainsi que diffuser et consolider les valeurs de la République.

En créant le Ministère de la Jeunesse et des Sports, la cinquième République confortait le rôle des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. Au-delà de leurs spécificités idéologiques, de leurs particularités pédagogiques, ces organisations partageaient les promesses d’épanouissement individuel et de développement collectif : permettre à tous de bénéficier des progrès de la société industrielle et offrir à chacun la possibilité d’y développer de ses potentialités propres.

Avec le soutien des pouvoirs publics, les mouvements de jeunesse ont couvert le territoire national de structures d’accueil : MJC, centres sociaux, foyers ruraux, auberges de jeunesse, centres de vacances et de loisirs, amicales laïques… Autant de lieux où se pratiquaient les pédagogies actives favorisant l’initiative personnelle et l’aventure collective.

  • le tournant des années 80

Du premier choc pétrolier en 1973 et ses conséquences sur la société industrielle, datent les premières difficultés rencontrées par cette dynamique. Avec les années 80 l’émancipation personnelle et le développement de tous marque le pas devant les dégâts de la crise économique. La lutte contre l’exclusion, l’insertion des gens en difficulté devient la priorité. Les mouvements d’éducation populaire sont invités à se mobiliser. Les soutiens publics sont de plus en plus conditionnés à ce type d’engagement. L’éducation, la culture sont toujours là, mais la priorité est l’accès à l’emploi.

Trente ans plus tard, la situation est toujours la même et l’on peut pointer deux conséquences au moins.

  • Les classes moyennes sont les grandes perdantes de cette évolution de l’éducation populaire. Trop « riches » pour bénéficier des initiatives destinées aux plus fragiles ; trop « pauvres » pour faire face aux coûts des activités proposées aux autres.
  • Instrumentalisés, les mouvements d’éducation populaire se sont peu à peu laissés enfermer dans cette logique des appels à « projets » (à actions devrait-on dire) priorisant le court terme, le fonctionnement quotidien.

Au final, les mouvements d’éducation populaire, en ne s’adressant malgré eux qu’à certaines catégories de population, participent à la fragilisation du tissu social et contribuent à une certaine culture de l’entre-soi.

 

  • L'heure du renouveau?

Et pourtant notre société n’a peut-être jamais tant eu besoin de l’éducation populaire. Il est indispensable aujourd’hui de restaurer les deux piliers sur lesquels reposent les sociétés contemporaines : la cohésion et la dynamique sociale.

Le monde doit s'inventer un nouvel avenir. Le rêve prométhéen des années 60 n’est plus possible ni souhaitable. Les ressources de la planète ne sont pas inépuisables, les dégâts de la société industrielle pèsent sur notre devenir commun. L'avenir n'est plus certain, il n'est que possible.

C'est une source d'angoisse pour ceux qui ne sont pas préparés à faire face à cet inconnu. Mais ce peut-être aussi une source d'émancipation si l'on perçoit cet avenir incertain comme autant de perspectives de projets nouveaux...il faut pour cela réunir les conditions nécessaires. L'éducation et notamment l'éducation populaire devient ici un enjeu essentiel.


Au-delà des savoirs structurés, héritage de notre histoire, il faut développer l'esprit d'entreprendre, mettre à la disposition de chacun les outils pour comprendre le monde et les perspectives offertes. On voit ici tout le potentiel de l'éducation "informelle" qui par définition devrait nous inviter à nous ouvrir vers la société, les autres et notre avenir. Autant de défis à relever:

  • Les dizaines de milliers de lieux d'accueil qui maillent le territoire national peuvent être autant de points d'appui pour relever ce nouveau défi. Il suffit de revisiter leur mode de fonctionnement. De lieux d'accueil, ils doivent, s'ils ne le sont déjà, devenir de véritables plaques tournantes, lieux de mise en synergie des potentialités présentes sur le territoire environnant: associations, collectivités, entreprises ou citoyens.

 

  • Les projets éducatifs doivent s'ouvrir aux enjeux du 21ème siècle: permettre à chacun de s'ouvrir au monde; penser son devenir dans sa relation aux autres, maîtriser les enjeux écologiques: pollution, énergie, matières premières, climat mobilité, migrations....
    Ces préoccupations doivent irriguer les activités proposées aujourd'hui mais aussi générer de nouvelles initiatives citoyennes …

 

L’éducation populaire et les associations qui la mettent en œuvre doivent à nouveau se penser et être reconnues comme des acteurs à part entière de l’aménagement des territoires. L’éducation populaire, que l’on qualifie parfois aussi de permanente, c’est l’éducation de tous les instants. Elle s’appuie sur toutes les ressources du territoire. Elle crée un environnement favorable au dynamisme des territoires. Elle est source tout à la fois de cette cohésion si nécessaire au développement des entreprises, et de cet esprit d’initiative indispensable à l’attractivité des territoires.

Plusieurs intervenants lors du récent Forum mondial de la Paix organisé par la Région Normandie, ont souligné que nous étions à la veille d’une évolution importante de la mondialisation avec une certaine tendance pour les entreprises à relocaliser leur production. Le Projet « d’écosystème Cléon 4.0 » développé à l’initiative des entreprises de la Région de Cléon, auquel nous sommes associés l’illustre à sa manière.
Reprenant ce constat les intervenants du magazine « on n’arrête pas l’éco » sur France Inter soulignaient le 9 juin dernier que cette « relocalisation » ne se faisait pas n’importe où. Les entreprises faisaient leur choix en fonction de la qualité des territoires que ce soit sur le plan des infrastructures, des services disponibles ou de la qualité de vie…

L’éducation populaire au service des territoires et de leur attractivité : nouveau paradigme ?

 

Philippe Thillay,
Secrétaire Général Associations-et-Territoires.

 

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