La pharmacie doit repenser son modèle !

La pharmacie doit repenser son modèle !

Cette contribution sur l'avenir de nos pharmacies fait suite à une série de réflexions issues de mes expériences professionnelles que je vous résume ci-dessous.

 

• Tout d’abord la constatation d’une nationalisation rampante du système de santé qui va faire du pharmacien, entrepreneur libéral et professionnel de santé, un salarié de l’état.
La maîtrise des dépenses de santé est tout entière reportée sur les prescripteurs, les médecins, et les distributeurs, les pharmaciens, puisque le client ne paye rien. Pour les pharmaciens ces économies de santé se traduisent par une baisse de la marge commerciale liée à la vente des boites de médicaments. Pour compenser cette baisse,l’état a accordé aux pharmaciens de nouvelles missions dans la loi HPST (entretiens pharmaceutiques, honoraires de dispensation, vaccination.) qu’il rémunère par des honoraires. Le pharmacien voit donc sa dépendance vis-à-vis de la sécurité sociale augmenter. Petit à petit, le pharmacien entrepreneur libéral devient un salarié de l’état qui exercera dans des maisons de santé subventionnées par la sécurité sociale.

 

• Le modèle économique actuel de l’exercice officinal est à bout de souffle. Les baisses de marge sur les médicaments ne sont pas vraiment compensées, tant s’en faut, par les nouveaux leviers de croissance financés par la sécurité sociale, cités plus haut.
Les structures de parapharmacie concurrentes qui se multiplient, captent une grande partie du chiffre d’affaire des pharmacies. Pour contrer cette évolution les pharmacies se regroupent, espérant ainsi augmenter leur marge en rationalisant leurs achats. Mais cela ne suffit pas à compenser la baisse de marge et des volumes. Les pharmaciens sont donc contraints de diminuer leur masse salariale et de réduire leur stock, ce qui a un impact négatif sur l’aspect commercial de leur métier et ne permet pas de remplir les nouvelles missions, faute de personnel qualifié et de temps.
Par ailleurs l’avenir économique des jeunes pharmaciens qui investissent et ont des prêts à rembourser est très incertain.

 

• La dépendance des pharmaciens est totale vis-à-vis du choix des financeurs état et assureurs. J’ai déjà parlé de la dépendance vis-à-vis de l’état, mais Les assureurs exercent également une pression financière sur le monde médical. Ils financent essentiellement à travers le ticket modérateur, des soins de ville sans véritables incertitudes ni risques dont plus de 80% des médicaments de ville. Une véritable rente qu’ils n’ont pas intérêt à fragiliser, sauf à réduire l’indépendance professionnelle des pharmaciens.

 

Le pharmacien est donc économiquement dépendant des remboursements de l’état et des assureurs privés. Le lien économique avec le patient est rompu et son équilibre financier fragile.

 

• Pour rester l’entrepreneur libéral qu’il a toujours été, le pharmacien doit trouver un modèle économique qui le rende indépendant des financeurs cités plus haut.
L’innovation et le changement de comportement des patients/clients peut être la source de cette indépendance retrouvée à condition de se projeter dans le temps et de bien analyser la situation...

 

Primo, Le modèle économique dominant en pharmacie reste la vente de produit à plus de 78%. La dispensation du médicament qui justifie le monopole de pharmacie, est la seule légitimité du pharmacien et donc le levier sur lequel il faut s’appuyer.

 

Secundo, le patient évolue et la santé est la première des préoccupations des français. Ils aspirent à la mise en œuvre des nouvelles technologies porteuses selon eux de progrès, notamment en matière de prévention, d’une prise en charge de la maladie plus efficace, de l’espoir de vivre plus longtemps en bonne santé. Ils sont prêts à payer pour l’amélioration de la prise en charge de leur santé !

 

Tertio, l’évolution du système de santé vers la prévention, le développement de l’ambulatoire et le maintien à domicile des séniors, implique que le lien qui se faisait à l’hôpital soit transféré à la médecine de ville, au chevet du malade, là où sont ses données de santé.

 

Les nouvelles technologies vont permettre la mise en place de nouveaux services et pour le projet que je défends, la télédispensation du médicament au chevet du malade, de rétablir le lien avec le malade immobilisé en amenant un pharmacien en visioconférence à son domicile.

 

Le patient, qui détient ses données de santé, va devenir acteur de sa santé mais aussi du financement de sa santé. Il est prêt à payer pour un service de santé plus. Le modèle de santé est en pleine mutation. La dispensation du médicament est un levier qu’il faut utiliser et développer grâce aux nouvelles technologies.

 

La pharmacie doit repenser son modèle :

 

-En se recentrant sur son cœur de métier.

 

-En sortant de la dépendance totale vis-à-vis des financeurs.

 

-En construisant un modèle économique porté par l’innovation et impliquant directement les clients/patients usagers.

 

-En améliorant le service au patient et la prise en charge de sa santé.

 

-En valorisant l’apport des nouvelles technologies plutôt que de les subir.

 

Pour toutes ces raisons, j’ai travaillé sur un projet de service de télédispensation du médicament. Dans mon business model je fais payer les patients (avec à termes si le marché se développe une prise en charge des frais de livraison par les assureurs). Ce service se veut autofinancé pour réduire la dépendance envers l’état et les assureurs. Il améliore le lien avec les malades immobilisés et permet par l’amplitude de son ouverture, 24h/24 et 7j/7, d’améliorer le service au client et d’assurer comme c’est le cas aujourd'hui un conseil permanent aux usagers.

 

Les pharmacies de par leur réseau exceptionnel de 22000 pharmacies sont un véritable lien social et une force sanitaire qu’il ne faut pas détruire, mais sur lequel il faut au contraire s’appuyer. C’est une relation gagnant-gagnant pour tous les acteurs, usagers, financeurs et politiques. J’ai présenté ce projet au conseil de l’ordre, aux syndicats et aux groupements. Certains groupements préfèrent passer par la poste pour faire leur livraison. Je leur ai expliqué que la livraison de paquets scellés sans le conseil du pharmacien, rompt le lien entre le pharmacien et le malade, ce qui met en péril notre monopole qui exige la présence d’un pharmacien à chaque étape de la délivrance et ouvre donc la porte à Amazon et autre Leclerc.Sans compter que le service rendu n’est pas à la hauteur de ce que demandent les patients.

 

J’ai pour l’instant mis de côté ce projet pour reprendre mon activité professionnelle dans le but de reprendre une officine pour mettre mon projet en œuvre.

 

Pour conclure j’aimerais « tordre le cou » à une idée trop répandue :

 

NON, l’État n’est pas le payeur et donc le décideur de la politique de santé… c’est le contribuable qui paye et lui seul à le droit de décider de la politique de santé ! Par une décision politique, notre système s’est voulu fondé sur l’assurance et la solidarité. Le prix à payer par le malade ne devait pas être un obstacle au fait de se soigner. Pour autant la gratuité des soins a été volontairement écartée par décision politique des créateurs afin de responsabiliser les utilisateurs. Ce sont des décisions politiques qui doivent décider de l’évolution de notre modèle pas l’administration.

 

Le passage d’une médecine privée vers une médecine d’état ne nous garantit pas l’égalité d’accès aux soins ni même l’égalité des soins. Avec l’étatisation de la médecine on voit se mettre en place progressivement une médecine à deux vitesses. Exemple du remboursement différencié en fonction du choix du professionnel de santé. Les très bons médecins pratiquant des dépassements et ne figurant pas sur la liste des médecins recommandés sur le site améli.fr ne sont pas remboursés sauf à cotiser pour une surconsommation auprès de votre mutuelle ce qui n’est pas donné à toutes les bourses. La santé évolue vers un service national de santé à l’anglaise et vers la mort du modèle construit sur l’autonomie et la responsabilité des acteurs.

 

Quant au plan de santé proposé dernièrement il va résolument vers cette étatisation du système de santé. La médecine de ville sera certes décentralisée, mais sous la dépendance de l’hôpital à travers les CPTS (communauté professionnelle  territoriale de santé), qui sont rattachées aux GHT (groupements hospitaliers territoriaux), aux mains des ARS. Gageons de même que les assistants médicaux payés par l’état augmenteront à termes le nombre d’emplois fait par l’état ou de  fonctionnaires de l’état qui aura ainsi un peu plus l’oeil sur l’exercice médical libéral.

 

Isabelle Nore Vidal.
norevidal@gmail.com

 

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Actuellement 2 commentaire(s)

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  • Damien Lebeltel
    commented 2018-11-09 19:42:20 +0100
    Encore une qui pense à son nombril au lieu de penser à l’intérêt commun. Lobby quand tu nous tiens!
  • Territoires 2
    a publié this page dansRenouveler le Pacte Social 2018-10-30 17:44:30 +0100