Le vivre ensemble ou lutter contre la ségrégation ethnique et sociale

Le vivre ensemble ou lutter contre la ségrégation ethnique et sociale

Face à l’exode des classes moyennes vers les zones « périurbaines », nous devons nous interroger sur les raisons de cette forme d’exil de bon nombre de nos concitoyens.
Ces zones dites « périurbaines » se situent à une distance de quarante à cinquante kilomètres des centres villes. Le vote Marine Le Pen y est très important depuis 2012. Il symbolise le rejet des classes populaires qui fuient l'insécurité croissante qu'elles subissent au quotidien. Cette insécurité n'est pas seulement physique, elle est aussi économique et culturelle.
Ce repli d'une partie de la population fait place à une forme de ségrégation et nuit à la mixité sociale dans les villes populaires. Les quartiers dans nos villes de banlieue deviennent de plus en plus pauvres et tendent à se ghettoïser. Les services à la population s’y raréfient et même le service public s’en détache. Les investissements réalisés dans la rénovation du parc immobilier de ces quartiers sont une nécessité, mais ils ne permettent pas de répondre aux problématiques sociales. Nous devons analyser et proposer des solutions efficaces qui permettront de mettre un terme à cette spirale infernale qui se traduit au final par une ségrégation sociale et culturelle.

L’État doit reprendre en main les politiques publiques d’aménagement du territoire !

1. Développer une politique d’aménagement en lien avec les infrastructures existantes avec les prérogatives des préfets dans le cadre des plans locaux d’urbanisme (PLU). Inciter à développer des zones qui sont dotées d’infrastructure (transports en commun etc…).
2. La question des transports doit également être au centre des préoccupations pour permettre un désenclavement des quartiers et des écoles qui donnerait un avenir à nos enfants.
Journalistes et politiques s’attachent à dénoncer régulièrement le communautarisme simplifiant allègrement un problème dont les premières victimes sont en même temps désignées comme coupables de cet état de fait. Le « communautarisme » sous-entend qu’il y a une volonté commune de la part d’un groupe d’individus. Ils se regrouperaient pour se différencier volontairement du reste de la société. Cette union en dehors de tout dispositif légal, qui n’est ni associative, ni entreprise serait guidée par de simples volontés. Les chasseurs en ce sens forment une communauté culturelle, ils sont animés par un loisir commun. Mais le communautarisme pointé par les politiques et journalistes ne répond pas à cette définition. Il s’attache à cibler une catégorie bien précise de communauté : celle régie par la religion ou l’ethnie.
Le contexte géopolitique actuel les amène à concentrer leur attention sur les musulmans. Les musulmans se communautariseraient et même ils se radicaliseraient dans la pratique de la religion. Et c’est ce point précis qui est dénoncé par les politiques. Les musulmans formeraient une communauté religieuse et ethnique dans la communauté nationale qui elle devrait être une et indivisible.
Mais revenons donc à l’histoire de cette organisation territoriale. Des populations importantes d’immigrés sont arrivées en France au lendemain de la seconde guerre mondiale pour contribuer à la reconstruction de la France. Au lendemain de la fin de la guerre d’Algérie, il a fallu construire des logements pour accueillir le million de pieds noirs quittant l’Algérie et revenant vivre en France. Beaucoup de constructions ont été réalisées pour les pieds noirs et les immigrés. La France a connu une urbanisation à grande échelle qui était nécessaire. Néanmoins, tant qu’elle ne connaissait pas de difficultés d’emploi cela fonctionnait. Mais dans les années 1980, le deuxième choc pétrolier et la crise économique qui s’en suit ont fait exploser le chômage en France (+19,3% entre octobre 1980 et 1981). Les populations « natives[1] » ont suivi leur entreprise ou s’en sont allés en province, près des leurs, rechercher un mieux vivre. Petit à petit ces immeubles de banlieue se sont retrouvés vidés des populations natives remplacées par de nouvelles vagues d’immigrations. Un flux continu d’immigrés en provenance d’Afrique s’est ainsi poursuivi.
La banlieue était devenue le creuset de l’immigration. On peut comprendre assez aisément comment les populations d’immigrés se sont retrouvées concentrées dans les mêmes quartiers mais le regroupement ethnique a été mis en place dans une seconde phase. Car il était de bon usage d’affecter les logements par ethnie. Officiellement des statistiques n’existaient pas mais officieusement elles ont été utilisées sans que jamais nul ne s’en émeuve. On a donc assisté depuis le début des années 80 à aujourd’hui à une sur-concentration ethnique et culturelle des populations d’immigrées qui de plus étaient précarisées par un environnement économique de plus en plus dégradé.
Ces populations qui ont subi ce que j’appelle un « parkage ethnique et culturel » sont aujourd’hui accusées de s’être communautarisées. Mais comment de victimes, sont-elles devenues les coupables d’un système qu’elles ont subi et continuent de subir ?
Comment un français d’origine immigrée dans un collège où sont scolarisés plus de 80% d’enfants d’origine immigrée peut-il se sentir français ? L’effet de groupe, la recherche d’une identité les pousse à s’accrocher à leur culture qui est un socle commun qui les rassure. Peut-on leur reprocher de subir et de trouver des moyens de subsistance à une situation qui en fait les exclut de la communauté nationale ? Car la vraie situation de communautarisation (choisie) est celle des classes sociales favorisées qui se regroupent en dehors des quartiers pour vivre entre elles.

Seul un État fort peut reprendre la main, et plusieurs actions doivent être mises en œuvre !

1. La première consiste à sanctionner les affectations ethniques dans les habitats de type HLM.
2. La deuxième consiste à mettre en œuvre des actions favorisant les mixités sociales et culturelles. L’école est un facteur important dans le choix des populations à s’installer dans un quartier. Des solutions visant à attirer des classes moyennes dans les établissements essentiellement peuplés d’enfants issus des milieux défavorisés devront être mises en place :
a. Classements des établissements « objectifs » permettant de valoriser les établissements qui accompagnent réellement les enfants dans la réussite scolaire.
b. Plus de moyens et de connexions avec les écoles et universités.
3. La troisième consiste à mettre en œuvre une politique de logement en totale rupture avec ce qui a été fait depuis le début des années soixante. En effet, la question de la concentration de la précarité dans un même hall d’immeuble doit être traitée définitivement et de manière claire. Il faut en finir avec la construction d’immeubles HLM par le biais de bailleurs sociaux. Les constructions doivent être aléatoires et surtout le logement ne doit pas avoir l’attribut social ou pas ce sont les foyers qui doivent bénéficier ou non d’un loyer social. Ainsi, lorsqu’un promoteur construira un immeuble, l’Etat/le bailleur social pourra se porter acquéreur de quelques logements et les louera avec un loyer social ou non selon le niveau de vie des foyers à qui il sera attribué. L’Etat se devra d’affecter une partie de ces logements acquis à des populations précaires et à d’autres. L’objectif étant de commencer à « disperser » les populations précaires dans des zones non défavorisées. L’idée étant de limiter au maximum la concentration de la pauvreté dans un hall, dans un quartier.
Linda Lavoix,

Actuellement 2 commentaire(s)

Veuillez vérifier vos emails pour le lien d'activation
  • commented 2018-05-15 00:28:16 +0200
    Bonjour,
    Le sujet du logement mérite des échanges, des propositions. Hélas bien souvent, il est occulté pour laisser la place à l’urbanisme ou à l’aménagement. Pourtant, il existe un cercle vicieux dans lequel certains quartiers tombent.
    1- Un appauvrissement des habitants d’un quartier
    Soit à cause du chômage, soit à cause des départs (liés parfois à des surloyers votés pour les personnes plus riches quittent le logement social) et des nouvelles arrivées.
    2- Fermeture des commerces locaux
    Etant donné la baisse du pouvoir d’achat des habitants, les commerces classiques ferment et/ou revendent leur bails à des commerces low cost et/ou éthniques.
    3- Le quartier n’attire plus les classes moyennes
    Les classes moyennes ne se retrouvent plus dans le quartier et donc le quittent. Les demandes de logements sociaux sont moins variées et les logements s’attribuent aux foyers les plus pauvres.
    Et ainsi de suite…
    Le sujet est donc sérieux. N’oublions pas que le rapport PISA prouve que la reproduction est toujours réelle et que l’école ne joue pas son rôle d’ascenseur social.
    Pour autant, à l’heure où nous critiquons la recentralisation, il est difficile de lire « L’Etat doit reprendre en madansles politiques publiques d’aménagement du territoire ! ». Si les collectivités n’ont plus la madanssur l’aménagement du territoire que leur restent-ils ? Il s’agit du rôle des intercommunalités. D’ailleurs qui de mieux que le duo commune – intercommunalité pour réaliser les équipements structurants, pour travailler sur la question des transports.
    Pour les attributions, rappelons que les lois ont renforcé les prérogatives des intercommunalités qui peuvent assister aux CALS (Commissions d’Attribution de Logement) et même créer une CIA (Convention Intercommunale d’Attribution) afdansque les bailleurs, l’Etat, les réservataires de logement et les collectivités suivent les mêmes objectifs. D’ailleurs la loi Egalité Citoyenneté poursuit l’objectif de ne plus rajouter de la pauvreté à la pauvreté.
    La vraie révolution ce n’est pas de mixer logement social et logement privé. Cela se fait déjà. Cela a déjà été favorisé par des aides de TVA pour les VEFA. Mais cela ne résout pas la situation et pose même des problèmes de services rendus aux habitants. La vraie révolution serait d’obliger les bailleurs sociaux à se transformer en opérateur social. Cette évolution permettrait aux bailleurs de faire de l’accompagnement personnalisé, voire de l’accompagnement vers l’emploi, des crèches collectives pour aider les mères a (re)trouvé un travail, etc…. Des locataires qui gagnent leur vie sont des locataires qui peuvent payer leur loyer.
    Un bailleur social transformé pourrait aussi conventionner avec les collectivités, avec des associations pour du soutien scolaire, pour des garderies d’après école, etc… Parce que la mixité scolaire ne sera possible que si les parents n’ont pas l’impression que leur petit amour sera tiré vers le bas par un petit camarade, il faut réellement qu’ils aient l’impression que tous les enfants ont le même niveau.
  • a publié this page dansAgir pour une société de progrès 2018-05-14 19:53:14 +0200