Le World Wide Web a trente ans - Bilan et enjeux.

Le World Wide Web a trente ans - Bilan et enjeux.

Il y a exactement trente ans, le 12 mars 1989 à Genève, le World Wide Web était créé et allait révolutionner l’humanité. Conçu initialement comme un outil coopératif dans un idéal d’échange libre et gratuit, Internet est désormais dominé par quelques mastodontes – Amazon et Apple ont un temps dépassé les mille milliards de capitalisation boursière en 2018. Le point sur les enjeux numériques contemporains.

 

La toute-puissance actuelle des GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – laisse en premier lieu espérer l’encadrement de leur expansion afin d’éviter qu’ils tuent toute la concurrence et qu’ils engloutissent des pans entiers de l’économie. Google a été sanctionné par la Commission européenne pour avoir mis en avant ses applications sur Android et Apple est régulièrement critiqué pour sa toute-puissance sur son magasin d’applications App Store. Ces géants du numérique agrandissent leurs « écosystèmes », dans lesquels ils règnent en maître, en conquérant de nouveaux marchés : Initialement spécialisé dans le livre, Amazon s’est ensuite tourné vers la vente de produits électroniques, l’équipement de la maison, etc. jusqu’aux produits frais. Espérons que ces stratégies de puissance parviendront à être encadrées pour le 50ème anniversaire du Web. Nous pouvons en attendant saluer les projets de taxation des entreprises numériques à hauteur de 3% de leur chiffre d’affaire. Cela représente en effet un bond en avant dans la régulation des géants du Web et constitue un réel cadeau d’anniversaire pour les 30 ans d’Internet.

 

Le scandale de Cambridge Analytica, qui a utilisé à leur insu les données Facebook de dizaines de millions d’Américains durant la campagne électorale de 2016, a suscité une prise de conscience majeure : Les géants de l’Internet ne sont pas des anges mais des entreprises visant à maximiser leurs profits. Or, 86 % des revenus de Google et la quasi-totalité de ceux de Facebook sont issus de la publicité numérique car leur modèle de développement repose sur la monétisation des données personnelles de leurs usagers auprès d’annonceurs. Le règlement général pour la protection des données (RGPD), entré en vigueur au sein de l’Union européenne en mai 2018, a permis d’encadrer ces pratiques. En effet, il oblige les entreprises numériques, même celles basées hors d’Europe, à recueillir le consentement des internautes européens avant de collecter et d’utiliser leurs données personnelles, et il permet aux utilisateurs de demander leur effacement ou leur transfert. Cet encadrement va dans le bon sens. Il reste cependant nécessaire que les citoyens exigent de leurs gouvernements qu’ils poursuivent cette dynamique et qu’ils s’attaquent aux algorithmes développés par les entreprises numériques dans les années à venir afin de mettre fin à leurs pratiques discriminatoires : les résultats et les diverses offres varient selon les données collectées sur les utilisateurs.

 

Réguler le World Wide Web signifie encadrer non seulement les entreprises numériques mais aussi les utilisateurs, dont les abus sont régulièrement dénoncés. Tandis qu’Aurore Bergé était menacée de décapitation, certains internautes déclaraient que Marlène Schiappa méritait de prendre un flashball dans la tête. Selon une étude de New York Times, les 15 000 modérateurs de Facebook disposent d’en moyenne 10 secondes pour supprimer un contenu illicite. Le Code Pénal français prévoit des poursuites pénales pour les auteurs d’injures ou de diffamations, mais la régulation n’est de toute évidence pas suffisante. Par ailleurs, outre les contenus insultants, il faudra agir afin de mieux réguler la publication de fake news et leur propagation sur les réseaux sociaux. La loi sur les Fake News, récemment validée par le Conseil Constitutionnel, risque de s’avérer inefficace, tant il sera difficile pour un juge d’estimer dans des délais restreints la validité d’une publication. Cette tentative louable pourrait même se révéler dangereuse pour la démocratie et porter atteinte à la liberté d’expression et d’information (Faudra-t-il censurer Trump ?) …  L’éducation aux médias devra donc être un objectif majeur dans les prochaines années si l’on veut pouvoir célébrer en 2039 un Web qui permet le partage d’informations plutôt que la désinformation.

 

Gauthier Leroy.


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