Lettre de Philippe Vigier à Emmanuel Macron pour lutter contre les fractures territoriales

Lettre de Philippe Vigier à Emmanuel Macron pour lutter contre les fractures territoriales

Philippe Vigier, député d'Eure-et-Loir, adresse une lettre ouverte sur la ruralité à Emmanuel Macron en vue de l'interview qu'il donnera demain à Jean-Pierre Pernaut. Trois mesures sont proposées dans cette lettre pour lutter contre les fractures territoriales.

 

Monsieur le Président de la République,

Vous avez choisi de vous adresser aux Français demain, lors du journal télévisé de Jean-Pierre Pernaut.

Vous savez que les habitants des territoires ruraux souffrent et qu'ils attendent beaucoup de votre intervention, et ce d'autant plus que certains choix du gouvernement sont actuellement contestés, voire rejetés.

Je pense notamment aux projets de fermetures de classes, à la généralisation de l'abaissement de la vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire, à l'augmentation du diesel, à l'effort important de réduction des dépenses publiques demandé aux collectivités territoriales, à la crainte de voir des petites lignes ferroviaires fermées, à la hausse du coût du travail pour certains agriculteurs ou à la redéfinition des zones défavorisées.

Par ailleurs, vous héritez d'une situation particulièrement dégradée par des années de réformes insuffisantes ou d'inaction.

En effet, depuis trop longtemps, les territoires ruraux sont abandonnés par la République et mis à l'écart des solidarités qu'elle offre.

Aujourd'hui, ces territoires sont souvent enclavés à cause d'infrastructures de transports défaillantes. La désertification médicale s'y accentue, l'accès à la téléphonie mobile n'y est pas une réalité partout et les déserts numériques se résorbent trop lentement. Les services publics y disparaissent, l'accès à l'éducation, aux loisirs ou la culture y est toujours aussi difficile. Enfin, l'insécurité y a souvent progressé.

Leurs habitants attendent de vous un message fort sur l'avenir de la ruralité, qui est une richesse pour notre Nation. Ils attendent de vous des mesures concrètes, qui permettront de lutter contre les fractures territoriales et d'améliorer ainsi leur vie quotidienne.

Dans cette perspective, je souhaite attirer votre attention sur trois décisions, applicables immédiatement, qui pourraient donner un second souffle à notre ruralité tout en garantissant l'objectif de maîtrise de nos dépenses publiques, auquel je suis comme vous attaché :

  • Installer sans délai de l'Agence nationale pour la cohésion des territoires que vous vous étiez engagé à mettre en place et à laquelle la majorité s'est opposée lorsque j'ai proposé sa création à l'Assemblée nationale.

Cette agence devra s'inscrire dans une logique de guichet unique, mettre à disposition de l'ingénierie, faciliter la mutualisation des ressources en ingénierie locale et mobiliser les financements nécessaires. Ce ne serait pas une nouvelle structure, venant s'ajouter à celles qui existent aujourd'hui. Au contraire, son fonctionnement devra être souple, avec un Conseil d'administration donnant la part belle aux territoires. Rattachée au Premier ministre, elle coordonnerait l'action des structures existantes, notamment l'ANRU, l'ANAH, le CGET, le CEREMA, l'ADEME pour, à terme, les intégrer.

Pour que cette agence fonctionne, il faudra partir des territoires pour libérer leur potentiel. Elle doit donc être l'outil agile et utile d'un Etat expert, fédérateur et facilitateur. Ce sont les communes et les intercommunalités qui porterons les projets structurants pour le bassin de vie. Ce sont ensuite le Président de Région, le Président de Département et le Préfet qui se réuniront et décideront au sein d'une instance de dialogue territoriale qui sera le gage d'une vraie décentralisation de l'agence. Cette logique permettra de mobiliser l'ensemble des acteurs autour d'une stratégie territoriale globale, adaptée aux réalités de chaque bassin de vie, permettant à chaque territoire de valoriser ses spécificités, mais sans que ces démarches soient déconnectées les unes des autres ou, pire, concurrentes.

  • Donner la possibilité aux exécutifs locaux des territoires ruraux d'adapter les normes nationales aux réalités du terrain, notamment en ce qui concerne la construction de bâtiments à vocation économique ou d'hébergement pour les personnes, pour laquelle un régime dérogatoire doit être envisagé ; 
  • Favoriser la mutualisation systématique des fonds d'intervention de l'Etat, des régions et des départements pour soutenir les projets structurants pour les communes et les intercommunalités. Aujourd'hui, les énergies sont trop dispersées et les initiatives trop isolées, voire concurrentes, et les projets n'aboutissent pas. Il faut décréter et organiser la mobilisation générale de tous les acteurs pour faire avancer des projets essentiels pour les territoires.

Nos territoires ruraux ne demandent pas l'aumône, ils n'attendent pas tout de l'Etat, ils se battent au quotidien. Ils veulent simplement de la reconnaissance, du respect et un traitement équitable, qui leur permettront de valoriser leur formidable potentiel.

Je sais que vous avez à cœur de redonner tout son sens au pacte républicain en offrant aux habitants de ces territoires de vraies perspectives d'avenir.

Je souhaite que cela se traduise par des annonces concrètes dès demain, en espérant que les propositions que j'ai porté à votre attention contribueront à nourrir votre action au service de la France.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma très haute considération.

Philippe VIGIER,
Député d'Eure-et-Loir


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