Lettre ouverte au Président de la République pour l’égalité républicaine de nos quartiers prioritaires

Lettre ouverte au Président de la République pour l’égalité républicaine de nos quartiers prioritaires

Il y a trois ans, vous annonciez à Tourcoing (Nord) un grand « plan de mobilisation  nationale » pour les quartiers populaires. Votre discours était alors très attendu ; un  mois plus tôt, un millier d’élus locaux et d’acteurs issus du monde associatif, de  l’entreprise et du syndicalisme s’étaient rassemblés à Grigny pour protester contre la  suppression des contrats aidés et la baisse des dotations destinées aux villes pauvres. 

Au terme de cette prise de parole forte, vous aviez demandé à Jean-Louis Borloo de  « remettre les gants pour aider à la bataille » mobilisant près de 200 bénévoles (élus,  associatifs, entrepreneurs, syndicalistes, universitaires, artistes, citoyens…) autour de  l’élaboration d’un « plan de marche ».  

80 Président(e)s de communautés et métropoles s’étaient également réuni(e)s autour  du Pacte du Dijon pour prendre des engagements en matière de développement  économique, d’emploi, de mobilité et d’habitat et appeler à un partenariat renforcé  avec l’Etat dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la sécurité et de la justice.  

De cette co-construction, unique dans l’histoire de la politique de la ville, était sorti le  rapport « Vivre ensemble, vivre en grand. Pour une réconciliation nationale » ; 19  programmes et 48 mesures « simples, robustes, évaluables et complémentaires » destinés à recréer une cohésion urbaine, sociale et républicaine. 

Ce plan anticipait en grande partie la situation que nous connaissons aujourd’hui : «  Notre pays est à un carrefour : assumer le repli sur soi et l’affaiblissement, avec la  spirale de l’incompréhension, de la rupture et de l’affrontement, laissant les ennemis  de la République occuper le terrain, ou décider que notre grande Nation est riche du  potentiel de cette jeunesse et forte des qualités de sa diversité. (…) A défaut, fermenteront loin des yeux, le recroquevillement identitaire et le repli  communautaire si trop de concitoyens ont le sentiment de ne pas participer au rêve  républicain ». 

Il préconisait par ailleurs un changement radical de méthode : « Il faut mettre en  mouvement chacun des 19 programmes en même temps afin de provoquer un effet  blast et une dynamique extrêmement puissante. C’est un plan de réconciliation  nationale. C’est parfaitement réalisable, très rapidement, à condition que : chacun des  19 programmes soit piloté en tant que tel et par une ou deux personnalités reconnues  ; un chef d’état-major et une équipe de très haut niveau soit mise en place pour  impulser, coordonner et adapter l’ensemble du plan. Une personnalité qui aura  l’autorité suffisante donnée par le Président de la République » 

Trois ans plus tard, seules quelques mesures, portées principalement par les villes, ont  pu être engagées (uniquement 4 avec le portage de l’Etat !). Par courtoisie, nous ne  commenterons pas les différentes déclarations gouvernementales sur l’exécution du  plan. 

Le virus du décrochage républicain 

Au regard de la situation actuelle, force est de constater que l’ambition que vous aviez  formulé de « changer le visage de nos quartiers (…) d’ici la fin du quinquennat » a fait  long feu. 

En outre, la crise sanitaire du Covid-19 et les attentats terroristes de ces dernières  semaines ont bousculé nos vies ; face à ce nouveau contexte, le sentiment qui domine  est celui de non-assistance à territoires en danger. 

En dépit des alertes, les villes et quartiers populaires restent un angle mort du plan  de relance : aucune mesure ambitieuse n’a été prise pour répondre à la détresse  sociale et économique qui frappe nos communes. Pire, la surmortalité Covid y est  malheureusement démontrée (selon l’étude menée par Guy Burgel de l’université de  Paris-Nanterre). La précarité du travail s’accélère alors même que les habitants ont  été en première ligne (personnels soignants, caissières, logistique, déchets...) 

Cette inertie se paie cash. Aujourd’hui, un autre virus se développe dans nos quartiers  et même au-delà : celui du décrochage à la République

Il serait injuste de pointer du doigt l’ensemble de nos concitoyens qui, comme tout un  chacun, se battent quotidiennement pour travailler, se loger dignement, élever leurs  enfants et se construire un avenir. Mais de la même manière, Monsieur le Président, il  serait irresponsable de nier que la haine et le repli sur soi prospèrent à mesure que la  rupture sociale et la pauvreté augmentent. 

Partout sur le terrain, les signaux sont au rouge : 

Les demandes d’aide alimentaire d’urgence explosent : +28% à Hérouville Saint-Clair (Calvados), +21% à Allonnes (Sarthe). A Mantes-la Ville (Yvelines),  le nombre de tickets alimentaires distribués par le Centre communal  d’Action Sociale a doublé entre 2019 et 2020 tandis qu’à Roubaix,l’équivalent d’une année d’aide alimentaire a été distribué en 3 mois ! Enfin,  dans certains territoires, les épiceries solidaires ont vu leur fréquentation  croître de 100%... 

La demande de RSA progresse massivement : entre octobre 2019 et octobre  2020, le nombre de bénéficiaires a augmenté de 17% dans la Sarthe et de  17,5% dans les Yvelines. Depuis le début de l’année 2020, ce chiffre a 

augmenté de plus de 20% à Grigny (Essonne) et Hérouville-Saint-Clair  (Calvados). A Arras (Pas-de-Calais), il a même été multiplié par 2 !  

Le chômage augmente : +13% à Chanteloup-les-Vignes et Mantes-la-Jolie  (Yvelines), +8% à Strasbourg (Bas-Rhin), +11,3% à Allonnes (Sarthe). A Reims,  le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie B est passé du simple au  double ! 

Les inscriptions dans les associations culturelles et sportives ont  massivement diminué : -23% dans les clubs sportifs d’Allonnes (Sarthe), - 25% pour les associations de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), -43% pour  celles d’Arras, -50% à Grigny. 

La confiance est l’huile du moteur républicain 

Cette situation n’est pas une fatalité, Monsieur le Président. Notre pays a traversé de  très nombreuses crises dans son Histoire ; nous savons par expérience que le désespoir  et la division sont nos pires ennemis. Pour leur faire barrage, renouons avec la  confiance et le sens du collectif ! 

À l’heure où nos villes sont sous pression, où nos habitants se précarisent, où nos  associations s’éteignent, où les idéologies mortifères se développent, où les  difficultés débordent, faisons ensemble le pari d’une nouvelle confiance dans nos  territoires pour faire gagner la République ! 

Les conditions de vie dans nos quartiers populaires sont telles qu’il nous faut renforcer  la République. Les grandes batailles ne se mènent pas sans troupes.  Aussi, le nouveau pacte de confiance devra d’abord reposer sur le vote au Parlement  du Plan de relance. Il est en effet crucial que ce Plan de 100 milliards d’euros consacre et sanctuarise 1% pour les territoires en décrochage

Cette participation à la solidarité nationale permettra d’abonder prioritairement : 

Un fond d’urgence pour les associations oeuvrant pour la jeunesse et les publics  en difficulté. Co-piloté par les villes, il sera doté d’une enveloppe annuelle de  100 millions d’euros. 

Un fond de 200 millions d’euros pour la création de comités locaux de solidarité dans les villes les plus pauvres. Consacrés à l’aide d’urgence (détresse sociale,  grande pauvreté, aide alimentaire…), ces moyens permettront de renforcer les  marges de manoeuvre des acteurs de terrain. 

Un fond de soutien à la création de maisons médicales et de centres de santé  dans les villes pauvres ou en voie de paupérisation. Celui-ci sera doté, dès son  lancement, de 200 millions d’euros. 

Un fond de 120 millions d’euros pour la mobilisation des acteurs de l’emploi.

Le vote au Parlement de ces mesures d’extrême urgence dans le projet de loi de  finances rectificative et du Plan de relance dans les semaines qui viennent signera le  Pacte de confiance. 

Ce 1% solidarité permettra, par ailleurs, de mettre en place d’autres mesures  immédiatement opérationnelles :  

Création de 7000 postes aidés « médiation et tranquillité publique » (ASVP,  médiateurs) dans les quartiers prioritaires. 

Développement d’un plan national de lutte contre l’illettrisme et  l’illectronisme dont l’objectif sera de diviser par deux le nombre de personnes  en situation d’illettrisme d’ici 2025. 

Lancement de 200 plateformes de mobilité dans les villes les plus enclavées (territoires urbains et ruraux). 

Renforcement des programmes d’éducation aux médias et au numérique dans  le secondaire (collèges et lycées). 

Généralisation des clauses d’insertion (soit portées par les entreprises elles mêmes soit déléguées à un acteur de l’économie sociale et solidaire) dans tous  les marchés publics et particulièrement dans le cadre de Paris 2024. 

Revenons à l’esprit et à la mobilisation du Plan de mai 2018 ! Nous vous proposons la  création d’un Conseil National des Solutions composé d’élus, d’associatifs, de  fonctionnaires, d’entrepreneurs et d’universitaires bénévoles. Celui-ci aura vocation à  identifier, promouvoir et évaluer les solutions qui marchent sur le terrain (en matière  d’emploi, de citoyenneté, d’éducation, de sécurité, de mobilité, de logement…) et  rendra compte chaque trimestre de ses résultats. Doté d’un fond de 75 millions d’euros  (0,5% de la dotation du Plan D’Investissement dans les Compétences), il aura pour  première mission de mettre en place des collectifs pour l’emploi et la formation dans  les 100 villes les plus pauvres de France.  

Enfin, alors que le Projet de loi de finances ne prévoit que 15 millions d’euros, ces  mesures devront impérativement être accompagnées d’une revalorisation des moyens  de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine afin de pouvoir investir massivement  dans la qualité du cadre de vie. 

Monsieur le Président, nous sommes prêts à nous mobiliser, à agir et à travailler dès  demain pour la mise en place de ce grand projet pour notre pays. Les 10 millions de  nos compatriotes des villes pauvres ou en en voie de paupérisation revendiquent le  souhait de faire partie intégrante de la République.

Les signataires :

1. Philippe Rio Maire de Grigny
2. Catherine Arenou maire de Chanteloup les Vignes
3. Gilles Leproust maire d’Allonnes
4. Natacha Bouchart maire de Calais
5. Guillaume Delbar maire de Roubaix
6. Catherine Vautrin Présidente du Grand Reims
7. Frédéric Leturque maire d’Arras
8. Marie-Claude Jarrot maire de Montceaux les Mines
9. Jean Pierre Bosino maire de Montataire (60)
10.Marie Line Pichery maire de Savigny le temple
11.Stéphane Beaudet maire d’Évry-Courcouronnes (Président AMIF)
12.Hélène Geoffroy maire de Vaulx en Velin
13.Damien Allouch maire d’Épinay sous Sénart
14.Marie-Hélène Amiable maire de Bagneux
15.Marc Goua maire de Trélazé (49)
16.Caroline Cayeux maire de Beauvais (Présidente de Villes de France)
17.Patrice Leclerc maire de Gennevilliers
18.Stéphanie Guiraud-Chaumeil maire d’Albi
19.Patrice Bessac maire de Montreuil
20.Delphine Labails maire de Périgueux
21.Abdel Sadi maire de Bobigny
22.Pierre Garzon maire de Villejuif
23.Line Magne maire de Moissy Cramayel
24.Frédéric Chéreau maire de Douai
25.Joséphine Kollmansberger maire de Plaisir
26.Thierry Falconnet maire de Chenôve (Président de Villes & Banlieues )
27.Sonia Brau maire de Saint Cyr l’École
28.Jean-Philippe Acensi Président de l’Agence Pour l’Éducation par le Sport
29.Line Magne maire de Moissy Cramayel
30.Guillaume Villemot Président de l’Agence des Quartiers
31.Anne Claire Boux, adjointe à la politique de la Ville Paris
32.Jean-Michel Ricard Siel Bleu
33.Johanna Rolland maire de Nantes
34.Jean-Daniel Muller Siel Bleu
35.Renzo Sulli maire d’Echirolles
36.Hélène de Comarmond maire de Cachan 
37.Frédéric Macarez maire de Saint-Quentin
38.Chantal Mainguené Présidente Fondatrice Réseau Mom'artre
39.Michèle Picard maire de Vénissieux
40.Martine Faïta maire de Pont l’Évêque
41.Jean-François Debat maire de Bourg en Bresse
42.Corinne Noel maire de Marck
43.Luc Bouard maire de La Roche-sur-Yon
44.Sandrine Gelot maire de Longjumeau
45.Luc Carvounas maire d’Alfortville
46.Patricia Tordjman maire de Gentilly
47.Olivier Gacquerre maire de Béthune
48.Carole Dubois maire de Lillers
49.Rémi Engrand co-fondateur de Vu des Quartiers
50.Frédéric Valletoux maire de Fontainebleau
51.Bruno Piriou Maire de Corbeil-Essonnes
52.David Marti maire de Le Creusot
53.Jean-Marc Vayssouze-Faure maire de Cahors
54.Franck Leroy maire d’Épernay
55.Marc Gricourt maire de Blois
56.Jean Philippe Gautrais maire de Fontenay-sous-Bois
57.Philippe Bouyssou maire d’Ivry sur Seine
58.Florian Bercault maire de Laval
59.Xavier Bonnefont maire d’Angoulême
60.Yann Galut maire de Bourges
61.Nicolas Langlois maire de Dieppe
62.Pierre Mathonier maire d’Aurillac
63.Yves Nicolin maire de Roanne
64.Éric Straumann maire de Colmar
65.Gilles Poux maire de La Courneuve
66.Azzedine Taïbi maire de Stains
67.André Molino maire de Septèmes les Vallons
68.Patrick Jarry maire de Nanterre
69.Pascal Collado maire de Vernouillet
70.Clovis Cassan maire Les Ulis
71.Michel Bisson maire de Lieusaint et Président de Grand Paris Sud
72.Clément Puech Rossignol maire de Bègles
73.Christian Métairie maire d’Arcueil
74.Nicolas Sansu maire de Vierzon
75.David Queiros maire de Sainte Martin d’Hères
76.Laurent Belsola maire de Port de Bouc 
77.Rodolphe Thomas maire de Hérouville Saint Clerc
78.André Laignel maire d’Issoudun
79.François Baroin maire de Troyes
80.Jean-Jacques Grousseau maire d’Athis-Mons
81.Clovis Cassan maire Les Ulis
82.Olivier Corzani maire de Fleury Mérogis
83.Frédéric Petita maire de Sainte Geneviève des Bois
84.Bernard Baudoux maire d’Aulnoye-Aymeries
85.François Garay maire Les Mureaux
86.Philippe Fait maire d’Etaples
87.Franck Dhersin maire de Teteghem
88.Guillaume Lelay maire de Torcy
89.Mathieu Viskovic maire Noisiel
90.Jean-Marc Defremont maire de Savigny sur Orge
91.Arnaud Decagny maire de Maubeuge
92.Sylvain Robert maire de Lens
93.Raphaël Cognet maire de Mantes la Jolie
94.Stéphane Raffali maire de Ris-Orangis
95.Rudy Elegeest maire de Mons en Baroeul
96.Nicolas Dainville maire de La Verrière
97.Olivier Sarrebeyrousse maire de Noisy le Sec
98.Francis Vercamer maire de Hem
99.Jean-François Theret maire de Frevent
100. Laurent Marcangeli maire d’Ajaccio
101. Mathieu Desmoncheaux maire de Hesdin
102. Jacques Petit maire de Marquion
103. Mohamed Gnabaly maire de l’Ile Saint-Denis
104. Sébastien Martin président du Grand Chalon
105. James Cheron maire de Montereau


Soyez le premier à commenter

Veuillez vérifier vos emails pour le lien d'activation