Moussa Mara : "Le soutien à l'Afrique est un devoir mais aussi une nécessité pour éviter des désastres humanitaires futurs."

Moussa Mara : "Le soutien à l'Afrique est un devoir mais aussi une nécessité pour éviter des désastres humanitaires futurs."

Élections législatives maintenues au Mali, dettes africaines, rôle de la Chine face à ce sujet... Entretien avec Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali, en partenariat avec l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE).

 

Vous avez été élu député de Bamako à l’issue d’un deuxième tour des élections législatives fortement critiqué, car les deux tours de celle-ci se sont déroulés les 29 mars et 19 avril, alors que l’exécutif malien tentait de juguler la pandémie du coronavirus. Comme en France, ces élections auraient-elles dû avoir lieu ?

Mon opinion personnelle, je l’ai signifié au Ministre en charge des élections avant le 1er tour, est que ces élections devaient être reportées. Mais l’écrasante majorité de la classe politique, y compris le parti le plus important de l’opposition, était favorable aux élections et y a participé. Même les partis des leaders qui ne voulaient pas de ces élections (MPR, CNID) y ont participé. La question n’est donc plus si elles devaient avoir lieu, c’est comment gérer les conséquences maintenant et faire de la nouvelle législature celle de la sortie de crise.

 

Emmanuel Macron s’est fait le chantre de l’annulation des dettes africaines. Depuis, un fragile consensus s’est fait jour au sein du FMI, du G20 et du G7, mais qu’en faveur d’un moratoire, limité dans le temps (6 mois). Vous êtes signataire d’une tribune de responsables politiques africains et français centristes demandant à annuler la totalité de la dette. Comment et pourquoi y procéder maintenant ? 

Oui absolument. La situation actuelle nécessite une solidarité entre les pays et entre les continents. Tous savent que les conséquences économiques de la pandémie seront sans commune mesure avec les impacts sanitaires. Espérons que ce geste n’est qu’un début et qu’avec les actions concertées de certains Présidents comme monsieur Macron, qu’on puisse arriver à un soutien plus conséquent à l’Afrique.

 

Sur le comment, soyez sûrs que les puissances économiques ne manqueront pas d’expertise pour mettre en œuvre les mesures appropriées.

 

Comment, du reste, en convaincre la Chine qui « détient » 40% de cette dette (145/175 milliards de dollars) et qui attend 8 milliards de remboursement cette année ?

La Chine s’est montrée ouverte à la question. Elle est fortement impliquée dans le soutien sanitaire aux pays africains et a fait sur ce plan beaucoup plus que n’importe quel autre pays au Monde. Ce volontarisme se traduira sans doute par un volontarisme renforcé sur le sentier des annulations de dettes et d’autres formes d’intervention en soutien au continent.

 

Le soutien à l’Afrique n’est pas seulement un devoir mais aussi une nécessité pour les puissances économiques pour préserver le potentiel du marché africain, réduire les risques sur les migrations et éviter des désastres humanitaires futurs qui risquent de présenter une facture plus importante que l’effort requis aujourd’hui.

 

La mobilisation internationale semble, au moins sur le papier, au rendez-vous. Dans ce contexte, la solidarité africaine semble également prompte à anticiper un impact économique que la Banque mondiale estime particulièrement violent. Dès lors, quelles mesures devraient mettre en œuvre l’Union Africaine, les 8 Communautés économiques régionales (CER), les 54 États pour sortir de cette ornière ? 

Actuellement nous faisons face à des initiatives des États dont certaines aboutissent à des interventions des institutions multilatérales. C’est le moment plus que jamais pour que le leadership de l’Union Africaine s’impose pour fixer le cap et hiérarchiser les besoins et les modes d’intervention : identifier et consacrer les initiatives relevant de l’Union africaine (mutualisation à l’échelle continentale) à court moyen et long terme ; faire de même pour les communautés économiques régionales et enfin pour les États. Cela devrait être respecté par tous et chacun pourra ainsi se mouvoir dans le cadre ainsi tracé.

 

Les chefs d’État se concertent sur ces questions mais on a de la peine à voir clair. Pendant ce temps, la situation empire et chaque pays essaie de faire ce qu’il peut.

 

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  • Paul-Eric Dècle
    a publié cette page dans Actualités 2020-05-07 02:22:42 +0200
  • Paul-Eric Dècle
    a publié cette page dans Actualités 2020-05-07 02:22:42 +0200