Plan de relance : une nouvelle ère pour l'Union européenne

Plan de relance : une nouvelle ère pour l'Union européenne

Quatre-vingt-dix heures. C’est le nombre d’heures de négociation qu’aura nécessité le plan de relance économique européen. À l’issue, c’est un « accord historique » qui a été approuvé par l’ensemble des États membres de l’Union européenne. C’est en tout cas ce qui a été clamé haut et fort par bon nombre de dirigeants européens, à commencer par Angela Merkel et Emmanuel Macron, le 21 Juillet 2020. Mais est-ce une bonne idée d’emprunter de l’argent sur les marchés financiers alors que la plupart des pays européens sont déjà très fortement endettés ?

PAR VICTOR MAURIN Etudiant Arts et Métiers Paris – Programme Grande Ecole
ET PAR PIERRE MAURIN Délégué National Emploi et Economie « Les Centristes » Elu de Paris – 9ème arrondissement

 

Quatre-vingt-dix heures. C’est le nombre d’heures de négociation qu’aura nécessité le plan de relance économique européen. À l’issue, c’est un « accord historique » qui a été approuvé par l’ensemble des États membres de l’Union européenne. C’est en tout cas ce qui a été clamé haut et fort par bon nombre de dirigeants européens, à commencer par Angela Merkel et Emmanuel Macron, le 21 Juillet 2020.

Certaines voix se sont élevées afin de faire entendre leurs inquiétudes quant aux sommes engagées par ce plan face aux énormes déficits créés par la pandémie, mais aussi face à la future utilisation de cet argent. Ce plan permettra, certes, des investissements importants, mais jugés insuffisants par certains, à commencer par le Parlement européen.

Si ce plan est historique sur le plan de la dette, qui sera mutualisée directement au niveau de l’Union européenne, le sera-t-il tout autant sur le plan économique ? Permettra-t-il de relancer la machine économique européenne de façon durable et forte ?

UNE DETTE PUBLIQUE POUR TRANSFORMER L’ÉCONOMIE. Le premier élément sur lequel va jouer ce plan européen est l’endettement. En effet, ce sont plus de 390 milliards d’euros qui seront alloués par l’Union européenne aux Etats membres sous forme de subventions et 360 milliards sous forme de prêts. Même si la dette est mutualisée, ce qui permettra d’emprunter à des taux très avantageux sur les marchés financiers, le levier que les pays vont, encore une fois, utiliser est bien celui de la dette publique.

La première question qui se pose alors est celle de la pertinence de cette nouvelle dette publique. Est-ce une bonne idée d’emprunter de l’argent sur les marchés financiers alors que la plupart des pays européens sont déjà très fortement endettés ? L’utilisation faite de la dette publique par certains pays ces dernières années semble faire pencher la réponse vers la négative.

La dette n’est pas forcément un mauvais outil, même dans le cadre d’une telle crise, à condition de l’utiliser à des fins productives, permettant d’obtenir un retour sur investissement assez important et durable dans le temps, pour pouvoir la rembourser. Or, ces dernières années, l’utilisation de la dette par plusieurs pays a été plutôt orientée vers le comblement des déficits budgétaires, ce qui ne permet pas in fine d’avoir une croissance durable et stable.

Plus qu’à des fins productives, cette dette doit être utilisée pour transformer en profondeur l’économie européenne, une économie qui a tendance à s’essouffler, avec des manques d’investissement conséquents en matière de recherche et d’innovation.

Les emprunts prévus par le plan de relance sont donc pertinents et justifiés. L’Union européenne souhaite investir dans des secteurs comme l’écologie et le numérique et transformer l’économie en guidant les investissements dans des secteurs jugés clés et en redonnant à l’innovation une place centrale.

Le premier secteur qu’il semble très urgent de développer et qui sera probablement un des piliers de l’économie de demain est celui de la « chimie verte ». En effet, interdire des produits à base de glyphosate ou d’autres produits chimiques sans substitut viable n’a pas d’autre effet que de mettre en danger des agriculteurs et des industries déjà fragilisés par la concurrence outre-Atlantique et asiatique. Le secteur agricole fait face à une forte concurrence de la chimie à base de produits d’origine fossile et nécessite des investissements en recherche et développement plus importants que ce qu’ils ne sont aujourd’hui. Il s’agit d’un marché extrêmement prometteur qui concerne les domaines de la médecine, de l’agroalimentaire, des matériaux et de la cosmétique, tous à la recherche de solutions de remplacement. Des solutions qui, si elles sont trouvées par des entreprises européennes, permettraient à l’Europe de devenir leader d’un nouveau marché. 

Le deuxième secteur très prometteur est celui de l’énergie et notamment de l’énergie à base d’hydrogène. Il faut investir dans de nouveaux systèmes de piles à combustible, comme la PEMFC (proton exchange membrane fuel cell), ou financer des projets permettant la création de nouveaux systèmes de transport à l’hydrogène. Énergie propre lors de son utilisation en tant que système de motorisation, cette énergie pourrait permettre de créer une industrie qui, d’ici à 2030, vaudrait environ 10 milliards d’euros, soit plus de 40 000 emplois en France, selon une étude[1]prospective de l’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible. Le projet d’« Airbus des batteries », déjà financé par les États et par dix-sept entreprises à hauteur de plus 8 milliards d’euros, doit être renforcé afin de rivaliser avec les offres chinoises et américaines, largement en avance sur ce marché encore émergent. Ce dernier offre un potentiel important de développement et s’intègre dans une logique d’investissement bas carbone nécessaire pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Un des secteurs clés de l’économie mondiale dans lequel l’Union européenne a accumulé du retard, mais qui est dans le viseur du plan de relance, est celui du numérique. En effet, l’UE a raté la première vague de l’économie des données, dominée par les GAFAM[2] et autres BATX[3], mais peut encore jouer un rôle dans l’Internet des objets, les véhicules autonomes, la santé connectée ou même l’électroménager. La cybersécurité sera au cœur de ces nouveaux marchés, avec la nécessité d’un « bouclier cyber européen » pour reprendre les termes de Thierry Breton, commissaire européen. Enfin, l’UE a aussi un rôle à jouer dans la 5G, avec un acteur européen pour contrer l’hégémonie chinoise. Ce sont ces enjeux de souveraineté européenne autour des données industrielles, de la 5G, de la cybersécurité et de la puissance de calcul qui doivent être assurés aux générations futures ! 

UN CHANGEMENT PERMIS PAR UNE EUROPE PLUS INTÉGRÉE. Avec le plan de relance, la question qui se pose est celle de l’importance des investissements. L’Union européenne dispose-t-elle de budgets assez importants pour avoir des acteurs en capacité de concurrencer leurs homologues américains et chinois, voire japonais ou indiens dans le futur ? S’il est trop tôt pour y répondre, ce plan symbolise tout de même la naissance d’une Europe plus forte et plus intégrée sur le plan économique.

Par ailleurs, le plan participera à l’approfondissement de l’intégration européenne grâce à un pas supplémentaire vers plus de fédéralisme. En tant qu’institution financée par ses États membres, l’UE accompagnera et guidera, selon des directives d’investissement qui lui semblent importantes, l’économie dans des secteurs clés pour son avenir et sa souveraineté. Ce plan fait ainsi converger les économies des pays membres dans une même direction et est soumis à un contrôle communautaire pour valider le sérieux des plans de relance nationaux. Si des divergences demeurent au sein de l’Union, notamment entre pays du Nord dit frugaux et pays du Sud, seule la solidarité permettra de s’en sortir. C’est pourquoi, l’Allemagne a décidé de réorienter ses priorités jusqu’ici centrées sur la performance à l’export et la compétitivité internationale vers un rôle de locomotive européenne pour mieux écouler ses produits et ses marchandises industrielles vers ses voisins du Sud, de l’Est et du Nord.

Ainsi, l’Europe doit continuer à planifier les investissements au-delà de ce qui est prévu par le plan de relance, dans une logique d’utilisation de la dette à des fins productives, pour reprendre les termes de Mario Draghi. L’histoire a montré que le marché ne se régule pas complètement par lui-même et qu’il a besoin d’être guidé. À ce titre, peut-être serait-il possible d’aller plus loin en créant, pour les prochaines années, un système de planification européen qui formulerait des préconisations d’investissement dans les différents marchés. Ce système de planification pourrait lui-même être supporté par la mise en place d’un organisme chargé de contracter une dette mutualisée aux meilleurs taux pour assurer des investissements encore plus importants dans le futur et supporter cette transition sur le long terme.

Quoi qu’il en soit, le plan de relance européen est inédit car il est financé en partie par de la dette mutualisée, garantie par les pays de l’Union européenne et destinée principalement aux pays les plus atteints ou les plus fragilisés par le virus. S’il est respecté dans son fonctionnement, avec une utilisation des fonds à des fins de redressement, mais aussi de transformation de l’économie européenne, il deviendra très probablement historique. La solidarité et le renforcement de l’intégration européenne doivent être au service d’une nouvelle Europe, plus forte, plus unie, plus innovante et plus autonome par rapport aux autres grandes puissances.

 

  1. Association Française pour l’Hydrogène et les Piles à combustibles : Développons l’Hydrogène pour l’économie française, 2018 : http://www.afhypac.org/documents/actualites/pdf/Afhypac_Etude%20H2%20Fce_VDEF.pdf

[2]. Acronyme pour Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.

[3]. Acronyme pour Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi.

 

Tribune également publiée dans France Forum n°79 "Le monde d'après II".


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