Projet de loi santé : tensions au Sénat sur la question des déserts médicaux.

Projet de loi santé : tensions au Sénat sur la question des déserts médicaux.

Au Sénat a eu lieu un débat houleux sur l’examen du projet de loi réorganisant le système santé dont l’un des objectifs est de lutter contre les déserts médicaux. En effet, tous les amendements venus de la plupart des familles politiques souhaitant instaurer une régulation à l’installation des médecins dans les territoires surdotés ont été refusés.

 

Les sénateurs partisans de ces mesures ne sont pas parvenus à former une majorité autour de leur proposition. Face à eux, le président (LR) de la commission des Affaires sociales Alain Milon ainsi que la ministre de la Santé Agnès Buzyn ont insisté sur le danger de la mise en place de barrières qui pourraient menacer la liberté d’installation des médecins. L’hémicycle a choisi de se ranger derrière cet avis.

 

Lors du débat, l’idée principale qui se dégageait dans les prises de parole est que tout n'a pas été tenté dans la lutte contre les déserts médicaux. Les sénateurs s'alarment sur les écarts entre certains départements en matière de démographie médicale. Le centriste Jean-François Longeot a bien résumé la situation : « 610 médecins spécialistes à Paris pour 100.000 habitants, 80 dans l’Ain. 70 dans l’Eure. Ces chiffres sont vraiment parlants. » a-t-il dit.

 

De nombreux sénateurs ont réclamé l’adoption de mesures de régulation, n’étant pas satisfaits des résultats de celles qui avaient été mises en place afin d’encourager la venue de praticiens dans des zones touchées par ces déserts médicaux. Michel Vaspart constate que « la situation continue de se dégrader ». Les sénateurs porteurs des amendements ne souhaitent pas remettre en cause la liberté d’installation des médecins, mais ils considèrent qu'on ne peut aller à l’encontre du principe d’égal accès aux soins.

 

Alain Milon considère que ces solutions sont d’une « faible efficacité en pratique ». Le sénateur a également évoqué le risque « d’effets de seuil » où les professionnels pourraient s’installer à la frontière d’un territoire défini par l’Autorité régionale de santé comme « sous-dense », mais continueraient toutefois d’exercer dans un territoire déjà bien doté.

 

Agnès Buzyn quant à elle, a dénoncé un « remède miracle » et de « fausses bonnes idées ». Selon la ministre, l’enjeu repose avant tout sur le manque d’attractivité de la médecine libérale et l’objectif premier serait de la rendre plus attractive en zone rurale. Elle rappelle une pénurie générale « Lequel d’entre vous considère qu’il a une surdensité médicale ? Qu’il a suffisamment de médecins ? Je suis tranquille, pratiquement aucun. »

 

Le sénateur (UDI) Hervé Maurey, président de la commission de l’Aménagement du territoire, fut particulièrement touché par cet enjeu. Il a déclaré, « Je crains que l’on ait demain un drame sanitaire dans ce pays. Quand vous attendez des mois pour aller voir un spécialiste, dans certains cas, ce n’est même plus la peine d’aller au rendez-vous. C’est une véritable inégalité, et je ne peux pas accepter quelque chose comme ça et je suis choqué que vous puissiez l’accepter. ». Il a par ailleurs conclu le débat par un échange froid avec le sénateur LR Jean-François Husson. En effet, il s’était plaint de la multiplication des scrutins publics (permettant une délégation de votes) sur le sort de chaque amendement, réclamés par le président de la commission des Affaires sociales Alain Milon. « J’y vois un avantage. Le vote de chacun sera au Journal Officiel. Et dans les départements, chaque élu, chaque citoyen, verra ce que son sénateur a voté par rapport à ce problème crucial des déserts médicaux, et je m’en réjouis ! ».

 

Aujourd'hui se poursuivent les discussions sur le projet de loi.

 

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  • Territoires 2
    a publié cette page dans Actualités 2019-06-06 11:28:10 +0200