Quentin ESTRADE : Pour la fin de vie, il faut un encadrement médical strict, de façon similaire à ce qui se fait dans les pays qui l’autorise

Quentin ESTRADE : Pour la fin de vie, il faut un encadrement médical strict, de façon similaire à ce qui se fait dans les pays qui l’autorise

La loi est-elle actuellement suffisante ou devons-nous aller plus loin ? Est-il normal, que certaines personnes pouvant débourser 8.000€ puissent bénéficier de
cette pratique à l’étranger là ou d’autres ne le peuvent pas ? Si nous l’autorisons en France, quelles sont les gardes fous à mettre en place ? Est-ce à la
Sécurité Sociale de payer ? Devons-nous dresser une liste des pathologies qui autoriseraient à bénéficier de ces solutions ?

Le rôle du médecin est-il d’accompagner la mort ou de sauver la vie ?

Toutes ces questions sont d’excellentes questions et sont non exhaustives.
Une fois que vous y aurez bien réfléchi, je vous invite à poursuivre votre lecture.

Que pensez de la consultation lancée par le Président Macron la semaine dernière en vue
d’une possible loi sur la Fin de Vie ?


Cette réflexion, n’est évidemment pas la ligne du parti des Centristes ni « la vérité », elle
n’est que celle de Quentin Estrade, interne en Cardiologie et candidat lors des dernières
législatives pour les Centristes sur la 2 ème Circonscription de l’Aude.


Cette réflexion vise à nourrir le débat en enrichissant le point de vue de chacun sur ce sujet
sociétal épineux qui ne fait pas l’unanimité car le sujet de la mort est tabou, intime,
individuel et que notre point de vue dépend de notre histoire, de nos croyances et de notre
vécu personnel.


Je vous propose le plan suivant :
- 1) Historique sur la notion de fin de vie en France.
- 2) Suicide Assisté et Euthanasie.
- 3) Quelle position pourrait adopter les Centristes du fait de nos valeurs ?


1) Historique sur la fin de vie en France :


1-A) LA Loi Kouchner du 04/03/2002 :
Jusqu’au début du XXIè siècle, la relation Médecin – Malade était déséquilibrée, un médecin omniscient décidait seul de ce qui était bon pour son patient qui acceptait sans sourciller toutes les directives de son médecin.

La Loi Kouchner du 04/03/2002 a révolutionné cette relation en cherchant à quitter l’horizontalité de la décision médicale afin de trouver une relation plus équilibrée où l’avis de chacun entre en compte.


Quels sont les principaux changements amenés par la loi Kouchner ?
La Loi du 04/03/2022 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé est la première loi qui consacre le droit d’autodétermination du patient en ce qui concerne sa santé et l’obligation des soignants de créer toutes les conditions nécessaires pour éclairer ce choix.

Le respect de la volonté du patient affirmé par la loi Kouchner se traduit en multiples situations, de l’obligation de recueillir le consentement du patient avant d’administrer un traitement, quelle que soit la conséquence d’un éventuel refus y compris si cela doit abréger sa vie ou qu’il s’agisse du droit de refuser des traitements de maintien en vie, du devoir pour les soignants d’informer le patient sur les traitements analgésiques et sédatifs et leurs conséquences en fin de vie. En ce qui concerne la fin de vie, la loi impose au soignant de délivrer une information fiable, compréhensible et répétée afin que le patient puisse réitérer
son refus en pleine connaissance de cause. Une autre révolution entraînée par cette loi concerne le rôle de la Personne de Confiance, désignée par la personne concernée afin qu’elle puisse recevoir l’information nécessaire et être consultée au cas où la personne concernée deviendrait hors d’état d’exprimer sa
volonté. La personne de confiance peut également accompagner le patient qui le souhaite dans ses démarches et assister aux entretiens médicaux afin de l’aider dans ses décisions. La personne de confiance peut être toute personne avec qui le patient aurait préalablement discuté de ses souhaits pour sa fin de vie. Sa nomination est révocable à tout moment.

Enfin la loi du 4 mars 2002 introduit une obligation structurante dans l’accompagnement des personnes en fin de vie : elle impose aux soignants de s’assurer que leurs patients meurent dans la dignité. Cette disposition majeure ouvrira le champ aux évolutions législatives successives : la loi Léonetti et la loi Claeys-Léonetti.


1-B) La Loi Léonetti :
La loi Léonetti du 22 Avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie apporte des notions fondamentales à la question de la fin de vie. Elle vise deux objectifs : limiter l’obstination déraisonnable et encadrer les bonnes pratiques de limitation et d’arrêt de traitement.

La loi Léonetti favorise le développement des soins palliatifs, ces soins administrés n’ont pas dans l’idée de guérir un malade mais de l’accompagner dans son dernier combat afin de limiter sa souffrance. Attention, les soins palliatifs ne se limitent pas à l’arrêt des traitements et leur durée n’est pas limitée dans le temps.

La Loi Léonetti apporte la possibilité d’interrompre des traitements, cette décision appartenant principalement au patient lorsqu’il est conscient et à une équipe
pluridisciplinaire lorsque le patient est inconscient. Il peut exister une graduation dans l’arrêt des traitements, ces situations s’appliquent au cas par cas et il est à noter que l’alimentation peut s’apparenter à un traitement et sa poursuite peut être jugée déraisonnable.

Elle apporte également la notion de « Double Effet » et de Sédation, telle que prévue à l’article L.1110-5 du code de santé publique, la sédation vise à soulager le patient et non à le faire mourir. Il s’agit d’une différence majeure avec le suicide assisté ou l’euthanasie.

Bien évidemment, dans les situations incurables ou le médecin ne peut soulager le patient il peut procéder à cette sédation qui soulage le patient mais peut précipiter la mort.

La loi Kouchner avait introduit la notion de personne de confiance, la loi Léonetti apporte celle des Directives Anticipées.

Par ces dernières, le patient de son vivant peut donner son avis afin d’exprimer ses souhaits s’il venait à perdre conscience et à entrer dans le champ de la fin de vie. Ces directives anticipées visent notamment à éviter les impasses comme le cas Vincent Lambert.

1-C) La Loi Claeys Léonetti :
La Loi Claeys Léonetti apporte deux principaux ajustements : Les directives anticipées deviennent l’expression privilégiée de la volonté du patient hors
d’état de le faire et s’imposent désormais aux médecins. Cette évolution de la loi qui concerne les directives anticipées et qui porte sur leur opposabilité à l’égard du médecin est la plus significative. En effet, les directives anticipées depuis 2016 deviennent contraignantes pour le corps médical.


Elle permet de mieux répondre à la demande à mourir dans la dignité par une meilleure prise en charge de la souffrance, et en clarifiant l’usage de la sédation profonde et continue jusqu’au décès, en phase terminale.

Que pourrait apporter la consultation citoyenne ?
Devons-nous autoriser le Suicide Assisté et/ou l’Euthanasie ?


2- Suicide Assisté et Euthanasie ?
2-A) Quelles différences ?
Depuis la loi Léonetti, le corps médical dispose dans son arsenal thérapeutique de la sédation qui vise à soulager le patient. Celle-ci ne vise à aucun moment à faire mourir le patient et c’est la différence majeure avec le suicide assisté ou l’euthanasie. La consultation citoyenne pourrait aboutir à un changement de paradigme où le corps médical pourrait accompagner le patient dans son souhait d’interrompre sa vie soit de façon directe : l’euthanasie, soit de façon indirecte ; le suicide assisté.

Autrement dit, dans l’euthanasie, le médecin délivre la mort alors que dans le suicide médicalement assisté il apporte une aide à une personne consciente qui demande à mourir en prescrivant des substances létales et laisse le soin au patient d’ingérer les traitements ou de déclencher la perfusion.
Ces notions ont été remises sur le devant de la scène car le 13 septembre 2022 le réalisateur Jean Luc Godard a bénéficié à 91 ans du suicide assisté en Suisse.

2-B) Législation et conditions à l’international :
Le Suicide Assisté est légalisé dans plusieurs pays dont la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, et aux États-Unis dans les états de l’Oregon, de Washington et du Montana.

En Suisse le suicide assisté est toléré lorsqu'il est réalisé pour des motifs "non égoïstes." Dans les trois autres pays européens cités plus haut, la personne qui demande le suicide assisté doit être consciente et présenter des souffrances physiques ou psychiques intolérables sans espoir de guérison. Elle doit en plus être informée de sa situation et des alternatives à l'euthanasie comme les soins palliatifs. 

Dans les 3 états des Etats-Unis autorisant le suicide assisté, celui-ci s'adresse à des patients en situation terminale, dont le diagnostic et le pronostic (moins de 6 mois;espérance de vie) sont vérifiés par deux médecins qui doivent attester l'absence de troubles mentaux et informer la personne de l'alternative représentée par les soins palliatifs. Deux demandes orales et une écrite du patient sont nécessaires.  

Une dernière précision pour vous faire votre avis, actuellement, l’association Dignitas facture 8.000€ aux français qui vont en Suisse afin de bénéficier d’un suicide assisté.


3) Quelle position pourrait adopter les Centristes du fait de nos valeurs ?
Jusqu’à présent je pense avoir été consensuel, en énonçant simplement des faits. Toutefois, en tant que femme ou homme politique nous ne devons pas simplement constater les faits ! Nous devons nous poser les bonnes questions puis trancher pour améliorer la société.

3-1) Posons-nous les bonnes questions !
La loi est-elle actuellement suffisante ou devons-nous aller plus loin ? Est-il normal, que certaines personnes pouvant débourser 8.000€ puissent bénéficier de
cette pratique à l’étranger là ou d’autres ne le peuvent pas ? Si nous l’autorisons en France, quelles sont les gardes fous à mettre en place ? Est-ce à la
Sécurité Sociale de payer ? Devons-nous dresser une liste des pathologies qui autoriseraient à bénéficier de ces solutions ?

Le rôle du médecin est-il d’accompagner la mort ou de sauver la vie ?

Toutes ces questions sont d’excellentes questions et sont non exhaustives.
Une fois que vous y aurez bien réfléchi, je vous invite à poursuivre votre lecture.


3-2) Quelles sont nos valeurs ?
Dans l’idée que je m’en fais, les Centristes ont plusieurs valeurs inaliénables, nous avons tout d’abord une qualité d’écoute et de réflexion. Celles-ci nous permettent d’entendre et de respecter chaque opinion. Comme en économie, nous avons une culture d’entrepreneur d’autodétermination et nous sommes donc attachés au respect des libertés individuelles tant que celles-ci ne viennent pas mettre en péril l’édifice France.

3-3) Et si demain nous devions nous prononcer que devrions-nous faire ?
Tout d’abord, je voulais vous remercier, en effet, si vous lisez cette ligne, c’est que loin des émotions qui dictent de plus en plus notre société vous avez fait le choix de la réflexion. Ensuite, étant un professionnel de santé en construction, n’hésitez pas à m’apporter votre réflexion, vos critiques ou votre approbation.

Le Serment d’Hippocrate, nous apporte la règle d’or suivante : Primum Non Nocere.

En premier, ne pas nuire… Pour cette raison, je ne serai pas favorable à l’autorisation de
l’Euthanasie en France.

Toutefois, je suis intimement convaincu pour y être confronté au quotidien que notre système de santé n’offre pas encore une réponse adéquate à cette problématique. Pour cette raison je serai favorable à la reconnaissance du Suicide Assisté en France en le bornant bien avec des gardes fous.

Certains me diront, qu’à l’heure d’aujourd’hui, la sédation lente et profonde apporte suffisamment de solution et qu’après tout, celui qui souhaite mettre fin à ses jours dispose de suffisamment de moyen.

Certes, j’entends ce point mais pensez-vous que retrouver un être aimé inanimé dans une mare de sang à son domicile est la solution ? Je ne pense pas. Je ne parlerai pas des nombreux échecs de suicide qui laissent des séquelles définitives...D’autres me diront, Quentin, est ce que lorsque-t-on arrière-grand-mère, Françoise Barbouteau, âgée de 102 ans dit qu’elle veut partir, faut-il mettre fin à ses jours ? Souvent, cette situation peut s’avérer un appel à l’aide lorsque quelque chose ne va pas et l’on se rend compte que même si cette solution est proposée, beaucoup ne s’en servent pas.

En effet, dans les études en Oregon, plus de 35% des patients à qui l’on donne le médicament ne s’en servent pas finalement.

On me dira également comme pour les questions d’IVG, de PMA et de GPA que l’on ne doit pas aller contre la nature, que cela à des conséquences sur la vie d’un être vivant.

Mais dans notre cas, il s’agit de la décision d’une femme ou d’un homme pour lui-même.
Je pense qu’il faut un encadrement médical strict, de façon similaire à ce qui se fait dans les pays qui l’autorise.

Comme c’est le cas lors des interruptions thérapeutiques de grossesse, je ne pense pas qu’il faille réaliser une liste des pathologies pour lesquelles on autoriserait l’accès. En effet, cela pourrait stigmatiser certaines personnes et nous devons traiter chaque cas de façon
individuel.Enfin oui, en France, on constate une augmentation de l’espérance de vie avec toutefois une espérance de vie en bonne santé qui stagne ou diminue. Cela a été exacerbé par la crise de la Covid. Alors oui, bien que l’appareil législatif apporte des solutions, je pense que nous
devons aujourd’hui autoriser le Suicide Assisté pour laisser le choix à chacun de s’autodéterminer.

Je reste à votre entière disposition,
Belle journée
Quentin Estrade
06 08 25 21 02
[email protected]
17 Rue de Gazagnepas
11 100 Narbonne


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